les poesies de Marie
bienvenue dans mon monde...
j'espère que vous ferez un bon séjour
bienvenue dans mon monde...
j'espère que vous ferez un bon séjour
Depuis cette fin de soirée où je t'ai trouvée assise par terre, le regard lointain et les traits crispés par la douleur, je t'ai accompagnée sur le chemin d'une vieillesse qui n'en finit pas de m'étonner.
Le col du fémur a bien été cassé mais c'est l'anesthésie qui a détruit peu à peu le cerveau bouillonnant que tu avais. Durant ta convalescence aux Lauriers, je venais te voir chaque jour.... J'avais ce besoin de te voir, te toucher, te parler mais..... tu étais déjà dans un autre monde : celui des dames en blancs, d'une chambre aseptisée et d'une ronde incessante de visiteurs et de soignants. Lorsque je rentrais à la maison, j'allais vite chez toi : m'asseoir à ta table, la porte de la cuisine ouverte en grand, j'admirais l'acacia pour me ressourcer. Je fermais les contrevents, donnais à manger à ta chatte et refermais la porte de la cuisine.
Le matin, j'ouvrais la maison, aérais les trois pièces comme si tu pouvais revenir d'un instant à l'autre.... Mais ton absence a duré deux longs mois. En 2002, je travaillais à l'atelier, rencontrais des problèmes professionnels au point de vue relationnels et je me confiais à toi bien souvent. Tu savais si bien écouter sans ne jamais prendre parti. J'ai appris la tolérance et l'amour du prochain grâce à toi : tu ne critiquais jamais et tu savais m'apaiser quand je venais te faire mes confidences.
Tout n'a pas été rose entre nous deux : il y a eu les périodes d'opposition un peu avant mon divorce. J'ai même cru que tu ne m'aimais plus...... mais tu es vite revenue vers moi et tu as continué à reccueillir mes secrets!
Lors de ton absence forcée en mai 2002, Aude et Alice ont vendu le muguet de ton jardin et, consciencieusement, je mettais l'argent dans une tasse, heureuse à la pensée que tu serais émue.
Toutes les 3, à ton retour, en présence de maman, nous avons compté consciencieusement les pièces et les billets que nous avions collecté mais tu n'as pas réagi.
ton retour, c'est vrai qu'il a été étonnant : tu n'as pas repris ta place habituelle : tes deux filles te portaient ton repas le midi et le soir. Tu arrivais encore à mettre ton couvert et à faire ton café. Le matin, Martial venait le partager avec toi mais ce fut pour une courte période. Tantôt, tu oubliais de mettre le café, tantôt, tu inversais le café et l'eau . J'eus beau essayé de t'expliquer que tu te trompais, tu ne voyais plus la cafetière de la même façon. Elle expira un matin et je proposais de préparer ton petit-déjeuner. J'habitais à côté, c'était plus pratique de faire quelques pas plutôt que d'imposer à Jeanine et Josette des allers et retours qui les auraient vite épuisées. Elles tentèrent de s'opposer à mon offre, prétextant que ce n'était pas mon rôle de les aider mais il n'y avait que deux solutions et je pense que la mienne fut la plus sage car j'ai la chance de partager chaque matin à tes côtés.
L'année s'écoula doucement, sans trop de problèmes. Tu t'occupais bien de la chatte, lui donnant à manger et à boire, te fermant à clé chaque soir mais il y eu des changements dans ta façon d'être que je ne compris pas au début.
Un soir, alors que nous étions partis, Joël et moi, tu t'étais couchée tôt. A notre retour, vers 21h, je m'apercevais que les lumières de la cuisine étaient allumées. Ce n'était pas ton habitude.... Inquiète, je venais chez toi pour te demander ce qui se passait et constatais que tu avais mis sur la table une dizaine de bols, le sucre, les cuillères et le lait. Tu t'étais endormie vers 20h pour te réveiller une heure plus tard : il faisait encore jour ! Ta réaction immédiate était la colère et l'indignation et il me fallait le secours téléphonique de maman pour te faire comprendre que je ne te racontais pas de blagues. Tu comprenais ton erreur quand la nuit se mettait à tomber, te remettais au lit et dormais jusqu'au matin.
Tu confondais donc la nuit et le jour et téléphonais, à cette époque, à 3h du matin à maman pour lui demander quelque chose. Je pense maintenant que tu en avais peur de ce noir qui tombait. Tu en parlais d'ailleurs comme si c'était un ennemi. Solitude, silence, mort : peut-être sentais-tu venir à petit pas l'annonce d'un départ prochain. Ton comportement nous énervait, nous ne comprenions pas la femme que tu étais devenue. Tu as eu ta période "tintin" où tu cajolais tendrement un vieux nounours, nous affirmant qu'il était un peu mort mais que tu le voyais encore respirer ! Il fallut surmonter cette période tristounette pour enfin comprendre et, surtout réaliser que tu nous quittais bien avant ton départ physique.
Tu te souvenais encore de ta date de naissance, de ton âge et le mèdecin venait te voir une fois par mois. Aujourd'hui, tu ne sais pas quand tu es née, tu as 52 ou 53 ans et, selon les dires des infirmières, le docteur passe te voir tous les soirs.
Pauvre docteur ! chaque fois que nous avons restreint ton univers, il nous a fallu mentir et accuser le mèdecin d'être la cause de tous les changements dans ta maison. C'est à cette condition que tu acceptes ta vie quasi-carcérale puisque, à l'heure actuelle, nous t'enfermons à clé chez toi. Nous n'avons pas trouvé d'autre moyen pour te protéger et te permettre de rester au Tasta.
En 2005, nous nous sommes adaptés à ton état : le docteur a diagnostiqué une insuffisance rénale en phase terminale. Il a supprimé peu à peu tous les cachets que tu prenais (avec mon aide) pour n'en laisser que 3 ou 4. C'était bien suffisant. Tu as supporté les chaleurs de 2003 comme tu as pu et tu te mettais bien souvent en colère quand je te proposais de boire..... Car tu n'en avais même plus envie.
Je te grondais à mon tour, pensant que tu étais inconsciente de ne pas réaliser que tu risquais à chaque instant de perdre la vie. Mais tu as survécu à la canicule de 2003. Certains n'ont pas eu cette chance....
tu étais incontinente et il a fallu t'imposer des couches..... t'affirmer aussi droit dans les yeux que c'était nouveau et que nous en mettions toutes. Toi, tu ne comprenais pas et, économe, tu les lavais après usage. Nous les trouvions sur le séchoir à linge et les sortions vite avant que tu ne t'en aperçoive. Ton incontinence s'aggrava, les infirmières furent appelées à la rescousse pour la toilette du matin et du soir. Cette intrusion dans ta vie intime fut très difficile mais nous étions obligées d'en passer par là. Tu n'avais plus la présence d'esprit de te laver correctement.... Une aide-ménagère fit son apparition et investit ton univers. Que de bouleversement dans ta vie..... Pour mieux te "surveiller", je proposais d'installer un baby-phone qui me préviendrait en cas de problèmes (chute, cri). J'ai eu du mal à m'adapter au tic-tac de ta pendule et à tes ronflements nocturnes. Joël a préféra éloigner un peu l'intrus pour mieux dormir. Nous sommes habitués et ces bruits familiers me rassurent. Je n'ose pas imaginer le jour où ils ne me berceront plus !!
Début 2006, nous fêtames tes 91 ans. Tes petits-enfants (Sylvie, Emmanuel,Denis,Martial et moi-même ainsi que les conjoints), tes arrières-petits enfants (Fanny, Elvine, Alice, Aude, Clara, Rémy, Paul et Eddy ainsi que les conjoints pour deux d'entre elles) et tes arrières-arrières-petits-enfants (Elysa et Samuel)
Tu étais si fatiguée ce jour-là que j'ai pensé que ce serait ton dernier anniversaire. A l'heure actuelle, tu es toujours présente dans notre vie............
Cependant, en mars dernier, tu as eu une mauvaise bronchite et le docteur t'a administé un antibiotique. Le remède a été pire que le mal. Le lendemain, tu es restée assise sur ton fauteuil, dodelinant la tête et incapable de bouger. Maria (l'aide ménagère) t'as installée dans un gros fauteuil face à la porte et tu t'es endormie.... J'ai passé la pire de mes journées, venant te voir toutes les 5 minutes, surveillant à travers la vitre, un souffle de vie. Tu étais inerte dans ce fauteuil et je me sentais bien seule. Vers 17 h, papa est arrivé, a compris aussi que tu n'allais pas bien.
Nous t'avons mise dans ton lit et le docteur est venu..... Tu étais presque inconsciente, dans un état semi-comateux et nous pensions que tu étais en train de nous quitter. Deux jours dans ce lit, pour te retrouver debout le surlendemain, tremblotante mais toujours aussi tétue.
Tes filles ont, sur les recommandations du mèdecin,ont commandé un lit médicalisé qui a été installé dans le bureau. Le décor de ta vie était encore changé. A un point tel que tu penses encore que tu n'es pas chez toi..... C'est à partir de ce jour-là qu'il a été décidé de fermer ta porte à clé.
Une sacrée organisation pour te protéger de toi-même qui fut faite au fur et à mesure des bêtises que tu pouvais occasionner et qui nous faisaient rire quelques fois, malgré nous.
Quelles étaient tes occupations favorites , toi qui est toujours occupée, qui n'a pas le temps de t'amuser et ne t'ennuie jamais. Tu cousais : au début, tu prenais tes torchons pour faire les ourlets. Nous t'avons donc donné des vieux draps, à tour de role, pour que tu nous en fasse. Quelques mois plus tard, tu as raccourci tes robes, tes combinaisons et tu t'es attaqué à tes rideaux sans oublier aussi les poches poubelles que tu ornais de petites aiguilles. Nous t'avons supprimé ton nécessaire à couture qui devenait dangereux pour toi. Il y avait des épingles partout.....
Depuis quelques mois, tu continues tes occupations. C'est vrai, tu es une femme qui ne supporte pas l'inactivité. Tu coupes sérieusement des petits bouts de papiers toute la journée.....
Hier, la postière m'a apporté le botin téléphonique et j'ai eu la joie de te le porter. Tu vas avoir du boulot, mamie !
Tu caline aussi tendrement un poupon que Maria t'a offert .... Tu ne sais pas comment il s'appelle mais tu dis souvent que c'est ton fils. Pour ce qui est de ta famille : tu n'as plus la notion des noms. Je suis, tantôt ta mère, la patronne ou ta soeur mais tu n'accepte pas le fait que je sois ta petite-fille. Tu es trop jeune pour être ma grand-mère.
Oublieuse mémoire qui fait que tu n'as pas été traumatisée par la disparition de ta soeur Madeleine et pourtant, quelques fois, il me semble que tu as deviné, que tu sais qu'elle ne reviendra plus jamais. Tu n'as pas non plus supporté le divorce de Martial et Marie-Claire. Toutes ces tristesses te semblent étrangères tout autant que les joies familiales. Tu ne reconnais pas Samuel qui vient, presque chaque matin, assister à ton petit-déjeuner avec un grand sourire. Il est presque un rival quand il réclame ton poupon..... "Lui fait pas de mal" ! lui dis-tu, inquiète.
Tous ces moments précieux partagés avec toi sont un rayon de soleil qui illumine ma vie et réchauffe mon coeur un peu plus chaque jour. Je m'accroche à toi qui, sans le savoir, me transmets un amour étonnant et je ne me sens pas encore prète à supporter une séparation inéluctable. Même dans tes oublis et tes absences, ta chaleur m'irradie le coeur et je pense bien souvent : quand elle partira ma mamie, qui me réchauffera ?
4 Janvier 2007
Te rends-tu compte mamie ? je suis partie 4 jours. J'ai laissé les infirmières s'occuper de ton petit-déjeuner pour aller à Paris..... Besoin de me ressourcer.... de prendre des forces pour mieux m'occuper de toi.
Le retour n'est pas plus gai que le départ puisque ton état a évolué vers une destination que je n'accepte pas encore.
Le docteur est venu hier : les résultats d'analyse sont mauvais, il n'y a plus rien à faire. Te laisser tranquille, chez toi. la fin est inéluctable, nous le savons tous et je suis persuadée que tu l'as compris toi aussi. Hier après-midi, tu m'as dit : "je suis foutue"...... et tu as refusé de boire.
Ce matin, le petit-déjeuner a été un peu compliqué : un des cachets s'est coincé entre deux dents (il t'en reste pourtant si peu ...... ) et tu l'as sucé consciencieusement dès que tu as pu l'en extraire. Il m'a fallu t'obliger à boire ton café au lait. Tu pousses systématiquement le bol pour le présenter au poupon. Tu n'as pas fait de convulsion et cela me rassure. Tu en fais régulièrement le matin, cela me terrifie mais à chaque fois, je minimise ce geste incontrôlé et nettoie la table que tu inondes de café au lait.
Nous sommes en 2007 et dans quelques jours tu auras 92 ans. Quelle importance...... Ce serait bien mieux si la durée était aussi bonne que la qualité de vie.
Je me sens bien égoïste à parler comme ça de mes états d'âme alors que toi, tu es incapable de les exprimer. On ne peut deviner si tu as froid, faim ou mal. Cet accompagnement nous oblige à nous projeter dans notre propre vieillesse et des interrogations qui n'en finissent pas.
05/01/07
Malgré le temps qui passe et qui nous donne rides et cheveux blancs à notre tour, je refuse ton départ tout en sachant qu'il n'y a pas d'ordre établi : il y a deux jours, la maman d'Erick Vilet (l'époux de ma filleule) est décédée d'un cancer. Elle n'avait que 60 ans. Sa disparition est injuste et je pense au vide qu'elle doit laisser à sa famille.
Toi, tu es encore présente, insouciante et les yeux quelquefois vides..... A quoi penses-tu à ces moments-là ? Penses-tu à quelque chose ????
Je t'ai porté un verre de Salvetat Framboise et un minuscule morceau de gateau. Nous avons fait un semblant de goûter, je t'ai parlé des pêches, de nos petites soirées mais tu as aussi oublié tous nos souvenirs.
T'inquiètes pas mamie, moi je m'en souviens de nos souvenirs..... Comme tu ne parles pas beaucoup, je te raconte ce que l'on a vécu toutes deux, mes chères confidences amoureuses, mes échecs, mes réussites et mes colères.... Je te parle aussi de mes projets, de mes buts. Même quand tu me réponds à côté, j'ai cette impression que nous avons discuté.
Cela ne dure qu'un instant. Un instant de pur bonheur que je partage égoïstement avec toi les après-midi. Cela me fait penser aussi à grand-mère Laure que je vais voir moins souvent. Demain, j'irai partager un peu de mon temps pour lui rendre visite à la maison de retraite tout en sachant que tu ne m'en voudras pas de mon abscence puisque tu ne t'en apercevras pas. C'est un des seuls avantages de tes oublis.
11/01/07
Les repas sont devenus des combats quotidiens depuis quelques jours. Tu refuses de t'alimenter, tu pousses ton assiette et ta fourchette est devenue une arme redoutable pour repousser la main qui veut t'aider..... Il est loin (et pourtant si proche) ce temps où nous partagions un bon moment en te regardant manger d'un bon appétit. Le matin, je ruse en te proposant une tasse à la place de ton bol de café au lait. Immanquablement tu recraches le cachet qui te maintient dans un semblant de vie. A midi, c'est Maria qui prend la relève : te proposant ta soupe, elle vaque à ses occupations et s'aperçoit, quelques fois que tu as encore le réflexe de manger toute seule. Mais c'est si fugace !
Hier au soir, il nous a fallu 45 mn pour te "forcer" à avaler la moitié d'une tasse de potage et un yaourt. Maman a versé la poudre de ton cachet dans le verre de vin que tu refusais aussi, de boire. Je sais bien que tu étais en colère, que tu ne comprenais pas....... Tu ne peux pas savoir que nous avions les mêmes sentiments, nous demandant avec appréhension où ce voyage va nous mener,en tant qu'accompagnants.
Il y a quelques semaines, quelques jours, tu étais différente, plus humaine..... Il y avait, dans ton regard, certains éclats de lucidité qui se sont envolés trop vite. Le voyage était agréable malgré certaines déviations..... Nous sommes aux portes d'un désert bien aride et solitaire.
dimanche 28 janvier 2007
Il y a eu cette neige qui a coloré notre parc d'un blanc immaculé et il y a eu, surtout, ce jeudi-là (le 25) un isolement complet qui m'a fait très peur. Toi, tu n'as rien vu, rien compris.... Dans ton monde blanc comme de la neige, tu t'es enfoncée un peu plus. Joël n'a pas pu partir au boulot et s'est occupé à m'ouvrir un chemin pour que je puisse venir chez toi. Il est parti à la recherche de chauffage car l'électricité était coupée. Tu n'as rien vu, rien compris.... La journée s'est passée entre des visites régulières, l'absence des infirmières et des appels téléphoniques de maman qui me reliaient au monde des vivants. La neige, c'est bien mamie, une petite heure. C'est catastrophique quand il faut protéger un être qui vous quitte peu à peu.
Vendredi, tu es restée dans ton lit, dormant presque toute la journée et samedi maman et Jeanine ont pu venir. En quelques jours, tu as tellement changé....... Samedi, tu étais assise, fatiguée et agitée de soubresauts incontrôlables que nous ne pouvions t'aider à maitriser. Les infirmières n'ont pas pu venir et c'est la solidarité qui est intervenue. Maria est venue malgré le gel pour te faire diner et te changer, Liliane a pris le relais sans trop que je lui demande. Tu sais mamie, c'est dur de te voir partir mais je ne te retiens pas. Je sais que tu vas bientôt rejoindre papi et cela me rassure. Ton départ me fait peur car je ne voudrais pas que tu souffres et, si tu le devais, je sais que je suis inutile. C'est dur d'être là, te prendre la main sans ne pouvoir rien faire d'autre.
Je pense aussi à maman et à Jeanine, tes filles, qui ont été bloquées par cette maudite neige. Elles devaient, elles aussi, se sentir isolées de ne pouvoir venir te voir. Le téléphone, seul, était un relais utile qui pouvait les rassurer sur ton état. Mes pensées volent aussi vers Babet...... la maladie, sournoise, ne regarde pas l'âge ni la couleur des yeux. Elle frappe quand on s'y attend le moins. On ne se prépare jamais à la souffrance. Pourvu que tout se passe bien pour elle.
Une attente qui devient supplice car je voudrais, je voudrais...... je voudrais revenir en arrière, te cajoler un peu mieux et, quelques fois, il me vient ce désir de te savoir déjà près de ton mari. Faire taire cette attente silencieuse et combien criante pour beaucoup de monde. Te rends-tu compte, mamie que cela fait 25 ans que je vis près de toi, que je te vois chaque jour de ma vie. La sépararation sera difficile et ton absence encore plus.
Déjà le 31 Janvier. Demain c'est ton anniversaire. Tu auras 92 ans et nous ne les fêterons pas. Je t'ai acheté une eau de toilette pour l'occasion..... C'est tout ce dont tu as besoin même si tu ne ressents pas la douce main des infirmières qui te frictionnent le corps avec. Elles sont formidables, ces femmes !! Chaque matin, depuis 3 ans, nous buvons un café et passons un moment ensembles. Au début de ton voyage, tu étais avec nous, participant à la conversation activement. Tu as fait tant de haltes depuis ce temps-là.
Depuis samedi, nous partageons une tasse dans la cuisine après t'avoir fait boire la tienne. Je ne te donne plus tes cachets : mon rôle se borne à les écraser consciencieusement dans une soucoupe. Les infirmières s'en chargent..... J'ai trop peur des fausses-routes !!! elles, elles savent faire.Je partage avec elle, un grand moment d'intimité : matin et soir, depuis que tu es alitée, je reste auprès de toi, t'aidant à te tourner car tu n'as plus trop de force, vidant la bassine d'eau, essayant de participer à ta vie tant que tu es près de moi. Des gestes simples pour te rassurer et me rassurer aussi. Elles savent aussi me conseiller et, c'est important, me préparer à ton départ. Sylvie, Laurence, Christine, Karin et Marie-Pierre à tour de rôle, avec leurs caractères différents sont un pont essentiel sur cette route..... Elles arrivent en souriant, parlent encore à mamie haut et fort alors que nous chuchotons à voix basse comme si.....
Je sais bien qu'elles ont le recul nécessaire mais je suis certaine qu'elles se sont attachées à toi, que des liens se sont tissés au fil du temps et que ton départ ne leur sera pas indifférent....
Vendredi 2 Février 2007
C'est étonnant de constater que tes filles sont revenues au bercail.... Elles tricotent dans ta cuisine, se lèvent, te regardent tendrement et reprennent leur ouvrage. Je viens les voir de temps en temps, te regarde aussi tendrement pour repartir chez moi. je marche dans ma cuisine pour revenir un moment après vers toi. Je n'arrive pas à accepter ce que le mèdecin nous a dit ce matin. C'est la fin de la vie : je ne peux encore l'accepter. On dit qu'à l'approche de la mort, on voit sa vie défiler en un instant. Moi, je sais pourtant que je ne vais pas encore mourir (ou, du moins, je ne le sais pas) mais ma vie défile avec tous ces petits cafés partagés toutes deux, les nuits où je dormais chez toi : tes ronflements, la radio allumée à 5 h du matin, ce petit lit minuscule qui grinçait et le chant des grillons.... ton interdiction de manger les jolies pêches mais de choisir celles qui étaient machées. Dieu que tu vas me manquer.... Je ne peux même plus profiter de toi, tu dors depuis dimanche dernier. T'inquiètes pas mamie, je serai forte : je te laisserai partir quand le moment sera venu.
Mercredi 7 Février 2007
tu dors toujours, secouée de soubresauts involontaires...... les infirmières te changent de côté, Maria fait de même. Nous essayons d'être utiles sans l'être vraiment. Il parait que les accompagnants aident beaucoup la personne en fin de vie. Moi, je me sens complètement inutile. Je me suis mise à faire des crèpes pour passer le temps : faire quelque chose. Je les distribuerai à droite et à gauche. Au moins, je ferai plaisir aux personnes qui sont gourmandes.....
Ton état ne s'est pas aggravé, tension stable, pouls stable.... on attend : les uns espèrent ta délivrance et moi j'en suis encore au miracle de te voir rétablie.... Peut-être suis-je un peu folle de penser de cette façon. Je verrai le moment venu.
Vendredi 9 Février 2007
Il est 4 h du matin et je ne dors pas..... J'entend ton souffle rauque par le baby-phone. Malgré le son lugubre, je suis rassurée : tu es encore là. Hier a été une mauvaise journée. Maïa s'est trouvée paralysée de l'arrière train par de l'arthrose et je l'ai menée chez le vétérinaire le matin avec Aude. J'ai bien cru la perdre et ce n'est pas le moment..... Ce n'est jamais le moment.
Aude, en plus, a eu des soucis de santé sans trop rien me dire. Le mèdecin l'a rassuré. Le bon dieu ne s'acharne pas trop, je voudrais qu'il soit plus clément pour toi. Cela fait aujourd'hui 15 jours que tu es alitée et que nous te tenons compagnie. Il y a des jours où tu te sens mieux et d'autres où tu sembles être au plus mal : un chaud et froid continuel qui ne nous rend même pas malades.
Mardi 13 Févirer 2007
Hier au soir déjà, tu n'allais pas bien..... Tu t'étais enfoncée un peu plus dans le néant. Maman m'a téléphoné à 20 h, inquiète aussi. Le baby-phone, seul lien auditif, nous a rassuré.
Ce matin, j'ai fait des crèpes promises à Maria, Aude est arrivée plus tôt que prévu suivie de maman vers 10 h. Les heures et les minutes sont importantes mamie, puisqu'elles te concernent : à 10h20, ton souffle s'est arrêté une fois et je tournais une crêpe puis il a repris. Mais le silence du baby-phone m'a indiqué une alerte et j'ai laissé ma poele pour courir vers toi : je sentais, maman sentait..... Ton dernier souffle, je l'ai reçu sans trop y croire, maman t'a secoué en t'appelant tandis que je tenais ta main. Aude a compris (le baby-phone fait un travail consciencieux) et a téléphoné au docteur. Après, après...... c'est un vacarme assourdissant dans ma tête. Le docteur qui vient constater que tu es bien loin de moi, l'infirmière qui vient faire ta dernière toilette alors que je tiens ton corps encore chaud et ferme doucement tes yeux alors que les miens coulent, les pompes funèbres, le garde-champêtre et tout le monde qui gravitent autour de toi. Tu est belle mamie, calme et reposée. Nous, on doit continuer la route avec des milliers de souvenirs de toi et l'espoir de te retrouver un jour.
J'ai continué mes crèpes arrêtées lors de ton dernier souffle... Du monde vient se reccueillir : les amis, la famille, les voisins..... Notre tranquilité nous la partagerons de nouveau vendredi, après ton départ physique. Tu es toujours là sans que je m'accroche à toi : tant de choses à faire sur cette terre, tant d'amour à donner encore. Un jour, je le sais, je partirai pour le même voyage sans savoir encore quels seront mes bagages. Mieux vaut ne rien préparer et continuer à attendre...... en espérant.
Mercredi 14 Février 2007
La saint valentin m'a volé un grand amour. Joêl, devant ma tristesse, doit se sentir impuissant et je ne voudrais pas être à sa place. Il m'a offert un orchidée, des chaussons et un petit plateau de fruits de mer en apéritif..... que nous dégustons avec papa et maman qui partagent notre diner. Dans cette tempête Joël fait office de grand rayon de soleil. S'il n'était pas là, je ne sais pas comment je m'en sortirais.
Jeudi 15 Février 2007
Hier au soir, je suis venue te voir. Seules enfin toutes les deux pour un dernier moment. Il faut que je me prépare à ton départ physique de cet après-midi. Pour l'instant, je n'y crois pas encore puisque tu es encore dans ce petit lit. Tu t'y es couchée le jeudi 25 Janvier dernier et tu vas le quitter le jeudi 15 Février. Toi qui n'as jamais voulu être le centre d'intérêt, toi qui ne voulais pas faire de vagues : tu es le principal personnage de notre journée : dans la douleur.
Ils t'ont emmené à 15h dans une boite en pin. Tu as franchi le seuil de ta maison pour la dernière fois, mon coeur est déchiré mais je sais que tu vas enfin rejoindre celui que tu as tant aimé. C'est un voeu que tu avais formulé tant de fois. Je n'ai pas envie de parler de cérémonie, de cimetière, c'est trop triste. Je préfère te parler d'une famille profondément unie dans la tristesse et dans ton amour.
Après t'avoir accompagné dans ta dernière demeure nous nous sommes réunis chez toi :
Sylvie, Jean-Bernard, Fanny, Elvine, Dadou, Martial, Liliane, Alice, Aude, Emmanuel, Denis, Sylvie, Rémi et Joël.
Tes filles et leurs maris sont allés te rejoindre pour mettre tes fleurs dans de l'eau et sont revenus ensuite.
Aline et Laurent ont dû partir après la cérémonie. Clara était malade, Paul et Eddy trop perturbés. Florent et Xavier ne te connaissaient pas mais ont eu des paroles de compassion à notre égard.Elysa nous a rejoint chez toi et Samuel est resté avec son papa mais tous ces absents étaient avec nous en pensée.
J'ai fait le choix d'ouvrir une bouteille de pétillant et du blanc moelleux pour te souhaiter la bienvenue dans ta nouvelle vie. Qu'elle soit pleine d'amour et de tolérance, comme tu l'as toujours été. Nous avons tous trinqué sans pleurer. Un au revoir comme tu l'aurais aimé : dans l'union d'une famille qui, sans toi, n'aurait pas existé. Je t'aime mamie..... très très fort.
Samedi 17 Février 2007
La vie reprend son cours. Il le faut. Moi, j'ai l'impression d'avoir parcouru des milliers de km à tes côtés et de me trouver au bord d'un précipice dans lequel tu t'es engouffrée. Je sais que je n'ai pas le droit de te rejoindre, tu n'as plus besoin de moi...... je sais tout cela mais je n'ai pas envie, pour l'instant, de trouver le pont qui me fera enjamber ce précipice pour continuer la route. Il me faut attendre un peu pour comprendre et accepter ton départ. Cette façon de voir les choses, pas très originale, me permet de ne pas trop souffrir : depuis hier, j'ai eu la permission de maman de pouvoir ouvrir ta maison comme je le faisais avant.....
Dimanche 18 Février 2007
Depuis 3 semaines, je n'ai pas pu compter combien j'ai pu faire de crêpes..... C'est un des seuls moyens que je trouve pour m'occuper l'esprit. Aujourd'hui Joël reste à la maison et je n'ai pas osé en faire d'autres... Je me rabats sur un gâteau yaourt que je donnerai demain. Cet après-midi, nous sommes partis à Léognan pour nous balader et nous avons rendu une petite visite à la maman de Joël.... Que c'est triste..... une maison de retraite. Heureusement que tu es restée chez toi mamie.... De retour vers St André, Joël m'a proposé de nous arrêter au cimetierre ce qui m'a beaucoup touché. Tous les deux, nous sommes allés au tombeau familial où tu repose mais cela ne m'a rien fait : c'est au Tasta que s'entassent tous mes souvenirs, c'est là-bas que je dois faire mon deuil.
Lundi 19 Février 2007
Début de semaine très difficile où je réalise un changement dans ma vie. Ton silence, l'absence des infirmières, un café que j'ai préparé et qui ne sert à rien. J'ouvre ta chère maison, j'aère, je me balade comme une âme en peine espérant aussi que la tienne me conseillera de me secouer. Ton lit médicalisé part aujourd'hui. Ce soir, il n'y aura plus la trace de ta fin de vie. Dans toute cette tristesse, malgré ton absence, tes deux filles, elles, ont eu ce besoin de se rapprocher, de faire front côte à côte. Elles sont venues chaque jour lors de ton alitement et, depuis que tu es partie, elles se rejoignent chez toi. Un besoin passager qui s'estompera surement mais cela me réchauffe le coeur.
Mardi 20 février 2007
Tu m'as quitté depuis une semaine et j'ai l'impression que c'était hier. Ma tristesse est intacte mais j'ai étouffé ma douleur. Je n'en veux pas pour l'instant et imagine que tu es près de moi. C'est ma façon à moi qui me permets d'avancer et de ne pas trop penser.
Tu vois, mamie, une joie en appelle une autre. Pour les inquiétudes c'est pareil. Maïa est encore paralysée depuis ce matin. J'aurais bien besoin de souffler un peu mais ce n'est pas le moment. Ma vieille compagne a besoin de moi. Je me sens impuissante face à ses yeux tristes...
Jeudi 22 Février 2007
C'était il y a une semaine que je t'accompagnais vers ta dernière demeure. Depuis ce jour, je n'y suis venue qu'une seule fois. C'est au Tasta que je te retrouve : pour l'instant je pense à toi avec tristesse mais je sais qu'un jour ce sera avec un sentiment apaisé. Tu es encore si présente, si palpable..... tu me manque cruellement.
Hier, j'ai repris mes cours. Cela fait plus de 2 ans que je fais cette formation qui n'en finit pas. Il y avait trop d'interférences....... Tu vois, mamie, la vie reprend ses droits très vite.
Ce soir, Sylvie (ton infirmière) est venue en coup de vent. Beaucoup de boulot mais elle reviendra et nous boirons un petit café en parlant surement de toi. Marie-Ange Hélis est venue aussi.
Ces visites me font du bien, j'ai besoin de parler de toi au présent..... Encore un peu avant d'accepter ton départ.
Lundi 26 Février 2007
Il y a 15 jours, tu étais dans ton lit, très fatiguée...... Il y a 15 jours, je ne pensais pas que ma vie deviendrait aussi vide de toi..... Je n'ai rien fait aujourd'hui. En baladant Samuel dans ta cour, en faisant la même promenade qu'il y a 20 ans lorsque je prenais l'air avec ma fille, je pensais à ta silhouette, dans ta cuisine, que je saluais en passant devant la porte. Ce matin, il n'y avait que des souvenirs pour me contenter et je n'y arrive pas. C'est de plus en plus dur, mamie. La maison me semble lugubre sans toi....
Jeudi 1er Mars 2007
Il me faut apprendre à vivre sans ta présence. Je ne peux pas me plaindre de solitude : Samuel remplit la maison de ses cris et de ses rires, Aude l'accompagne avec ses conversations. Tous deux m'êmpêchent de penser à toi. J'ai tout mon temps lorsqu'ils repartent...... Aujourd'hui, je suis allée voir Aline, demain je rendrai visite à Babet..... Je fais en sorte de partir.... pour mieux revenir. Le temps passe plus vite. Je ne t'oublierai jamais mamie mais je crois qu'il vaut mieux que je le franchisse, ce précipice au bord duquel j'étais.... Il est temps que j'avance pour moi et tous ceux qui ont besoin de ma présence. Je t'aime très fort. Prie pour nous tous.
Mardi 15 Mai 2007
Je ne pensais pas que je mettrais tant de temps à traverser le précipice. Le pont sur lequel je m'étais avancée devait être un peu branlant. Il parait que le temps fait son oeuvre, que la tempête s'apaise toujours mais c'est bien long pour moi.
Ie fait de te perdre et de perdre aussi mes habitudes, mes repères. Il y a eu la période de grand vide quand tu es partie, celle de colère lorsqu'il a fallu disperser tout ce qui t'appartenait. Je ne comprenais pas cet empressement à partager tes biens maigres richesses. J'avais cette mauvaise impression que nous étions tous des vautours. Pourtant, en regardant bien...... je réalisais aussi que chacun t'aimait à sa façon et s'appropriait un souvenir de toi..... ce qui est légitime.
Mon amour pour toi a été bien égoïste : j'ai cru que j'étais la seule capable de t'aimer. Chacun vit cette période comme il le peut et je constate malheureusement que personne ne se soutient moralement. Le vide affectif s'aggrandit, je voudrais tant parler de toi avec un sourire ému mais je ne le peux pas : les larmes se coincent dans ma gorge, je me sens idiote et je les ravale..... Le départ d'une personne aimée me laisse un goût amer : je n'ai pas eu le temps de te dire, de te prouver, de te tenir la main, de la serrer plus fort contre mon coeur. J'espère que là-haut, tu comprends que je t'ai aimé et que j'ai perdu à tout jamais celle qui me comprenait si bien. Je me sens bien seule au Tasta...... seule avec toi.
Mercredi 15 Août 2007
Il y a 3 jours, j'ai uni ma vie à celle de Joël pour le reste de mes jours..... Le mariage n'a été qu'une formalité : signatures, témoins, un super repas offert par mes parents et un bouquet magnifique que maman t'a apporté au cimitierre. Tu as été présente à chaque moment important de ma vie et ce jour-là tu l'étais encore plus qu'avant. J'ai voulu, avec l'accord de Joël , préparer notre fête du lendemain, chez toi. Je sais pertinemment que si tu avais été présente, tu n'aurais pas trop voulu tous ces bouleversements mais je suis certaine que tu ne m'en veux pas. A ma façon, je voulais que tu participes à cet évènement qui, je le sens, clôture ma vie avec une grande sérénité et beaucoup d'amour.
jeudi 16 Août 2007
Sais-tu que papa a abandonné l'idée de terminer sa vie au Tasta. Peut-être l'ai-je poussé par un comportement négatif de ma part ? C'est ce que je pense et je m'en veux beaucoup. Il ne peut pas comprendre que le Tasta fait partie de moi, que j'y ai passé plus de temps qu'au Pigeonnier et que j'y suis autant attachée qu'à mes souvenirs qui y pullullent depuis ma tendre enfance. Je m'y suis installée à 20 ans et papa me permet d'y terminer mes jours. Je ne peux que le remercier de ce geste merveilleux qu'il m'offre. Martial n'arrive pas à comprendre mon désir de vivre chez toi et maman avait beaucoup de mal à accepter le fait de "prendre ta place". Moi, je ne le vois pas de la même façon. Vivre chez toi, c'est respecter le lieu que tu aimais tant, l'entourer d'amour et de sérénité et en faire un lieu de réunion familiale (si j'y arrive). Tu étais le pilier qui nous reliait tous. C'est en tant que mamie que je reprend le flambeau. D'autres petits-enfants vont venir et je me prépare à faire au mieux tout ce que tu m'as appris.....
Papa avait décidé de faire effectuer les travaux de la maison par Denis. Qui d'autre qu'un de tes petits-fils pourrait mieux la servir.
Joël et moi avons décidé de respecter la décision de papa et cela me permet de voir un peu plus mon cousin. Depuis que tu es parti, je trouve le Tasta un peu grand et bien vide sans toi mais ton âme virevolte ça et là et lorsque j'ai le moral à zéro, je regarde ta photo que maman m'a donné il y a peu, je te parle, te souris et le moral remonte. Je t'en veux encore un peu d'être partie mais je sais qu'un jour j'accepterai ton départ. Il me faut du temps.....
Octobre 2007
Le mois dernier, René Guimaud a décidé de te rejoindre...... Sur terre, on se retrouve encore plus seuls. Plus le temps passe, plus nous voyons partir un pan de notre vie. C'est déprimant..... On construit, on fait des projets : pour rien.
La semaine dernière, Bijou mon petit cobaye, est parti lui aussi après 4 ans de vie commune. Bien sur, je n'ai pas pleuré mais ...... il avait sa place dans mon univers. Je l'ai enterré auprès de Finette et de Touky.
2007 est une année où se mélangent les larmes, la détresse et beaucoup de joie aussi. Une drole de mixture qu'il faut apprendre à gérer tant bien que mal et sans se culpabiliser. Ton décès, notre mariage, le départ de René et tous les tracas de la vie.
J'apprend à vivre sans toi mais c'est encore très douloureux. Ce matin, dans mon lit, je me souvenais de tes derniers moments, de ton ultime souffle que j'ai reccueilli à temps, de la voix de maman qui t'appelle et à laquelle tu ne réponds pas. Tout ces derniers instants sont intacts : la douleur nous fait entrer dans un autre monde qui nous permet de nous cuirasser. Je te tenais la main sans vouloir comprendre, je crois même que je n'ai pas pleuré à cet instant.
Les larmes, elles viennent après et j'en avais besoin. Il fallait que j'exprime ma souffrance.
Aujourd'hui, c'est différent : Il y a ta maison qui ne ressemble plus à celle où tu as vécu. Complètement détruite pour être mieux remise debout. Ta maison a plus de chance que nous de durer plus longtemps et de voir défiler les générations qui nous suivent. Je pense sincèrement que je laisserai, à mon tour, des souvenirs à mes petits-enfants tout comme toi, tu l'as fait avant. Cette maison que tu aimais tant est en train de devenir le lieu de ma vieillesse et je m'emploie à la rendre aussi accueillante que tu l'as fait afin d'y terminer mes jours et de fermer mes yeux dans cet univers paisible qu'est le Tasta. Le seul lien que j'ai voulu conserver est ta cheminée..... Tu es là, encore et encore et tu restera la maitresse de ces lieux jusqu'au dernier jour. Nous disions tous : on va chez mamie, nous le disons encore et, dans quelques années, d'autres petiots le diront à leur tour : on va chez mamie. Tu vis en moi et je crois que, quelquefois, ta présence constante et fidèle me ronge peu à peu.
Il faudra bien qu'un jour je pense à toi avec nostalgie. Actuellement, même 8 mois après, la douleur est toujours aussi violente.
23 décembre 2007
Je vais chez papa et maman aujourd'hui. Joël est à la chasse. Marie-Hélène, Jean-Bernard et les enfants y sont invités et je les rejoints. On prépare Noël !: Et toi, que fais-tu ? Tiens-tu bien la main rassurante de papi, nous regardez-vous d'un oeil attendri et protecteur ??
Tu me manques beaucoup mamie, surtout en ce moment. C'est la première fois de ma vie que tu me fais faux bond. Te rends-tu compte que c'est mon premier Noël sans toi. C'est aussi la première fois que je n'ai pas acheté de chardons. Te souviens-tu que tu les aimais beaucoup, ces petits chocolats gorgés de liqueur. J'avais ce privilège de te les offrir....
L'année dernière, tu étais encore là et j'étais loin de me douter que c'était ton dernier Noël auprès de nous. J'espérais tellement que tu allais te battre un peu plus mais tu en as décidé autrement.
C'est mon dernier Noël ici : l'année prochaine, j'installerai mon sapin chez toi. Je vais enfin venir te retrouver un peu mieux, me sentir plus proche de toi.
C'est fou ce que tu me manques... Je n'arrive pas à vivre sans toi.
13 février 2008
Il y a un an.......Tout juste un an que la mort t'arrachait à moi et à tous ceux qui t'aimaient. J'ai vécu à nouveau ces derniers instants toute la journée . Toute une vie bouleversée par ton
absence soudaine. Ca tient à peu de choses.... Il suffit d'un souffle qui s'arrête pour comprendre tant de choses : que toute petite chose à une grande importance. Un sourire, une parole ou un
geste dévoilent bien des sentiments.
Cet après-midi, avec maman, nous avons choisi des jonquilles de mon jardin et d'autres, dans le tien, pour te les porter là où repose ton corps. Nous avons passé un moment devant le grand
fruitier, assises avec Aude, à parler de toi. Le soleil est si chaud chez toi, il est si doux..... Maman a cueilli les petites violettes pour les emporter chez elle. Elle ne montre pas trop son
chagrin ma pauvre maman. C'est vrai qu'elle est orpheline et c'est ce qui me terrifie. J'affronterai un jour la même situation tout en espérant partir avant eux. J'essaie de faire comme papa qui
semble indifférent à tant de choses (bonnes ou mauvaises). J'ai l'impression qu'il se cuirasse afin de moins souffrir. Il s'est tellement éloigné de moi ! Depuis que tu es partie, j'ai
l'impression que quelque chose s'est brisé entre nous deux, nous n'arrivons plus à communiquer et lorsque je vais au Pigeonnier il m'ignore totalement. Pas un bonjour, pas un mot : je continue
inlassablement à lui faire un bisou sur le front mais il ne réagit pas. Le fait de ne pas terminer ses jours au Tasta doit lui briser le coeur et je suis sûre qu'il m'en tient pour
responsable.
Quand il est venu chercher maman dans la soirée, il n'a pas eu un regard ni un geste envers moi. Il a discuté un moment avec Denis et il est parti comme il était venu.
Tu vois mamie, ce qui me chagrine c'est que je l'ai tant cherché mon père...... que je pense bien l'avoir totalement perdu.
Moi qui croyais qu'il faut se serrer les coudes quand tout va mal, je m'aperçois que c'est chacun pour soi !
Heureusement que j'ai Joël, Aude, Laurent et Samuel. Sans eux, je ne m'en serais pas sortie.
16 juin 2008
Hier, je suis allée au cimetière avec maman et nous avons fleuri ta tombe. C'est bizarre mais je pleure bien moins quand je pense à toi. D'autres personnes......... plus jeunes, plus
vulnérables sont dans des impasses et je préfère taire mon doux chagrin. Je pense actuellement à Manu Réaud (que tu aimais bien) qui vient de perdre sa petite Emma. Il n'a pas eu le temps de la
voir grandir : elle n'avait que 6 jours. Je pense aussi à Arthur qui va sur ses 3 mois et déjà tant de problèmes de santé. Je me sens bien égoïste .
17 Juin 2008
Maman m'a téléphoné il y a quelques minutes pour m'annoncer le décès de Françoise Baronnet. Françoise était un lien important de ma vie puisqu'il me raprochait de toi. Elle
t'aimait tant........... Plus le temps passe et plus on pense à ceux qui ne sont plus là. Il m'est pénible de constater que je connais plus de monde au cimetière qu'en ville. Tous ceux que
j'aiment s'en vont trop vite. Toujours trop vite.
PAROLES
mon amour, j'aurais voulu te dire
combien était doux mon exil
j'aurais voulu t'expliquer sans frémir
l'impossible de notre lien si fragile
te raconter des tas de choses
des choses que tu sais, d'ailleurs
la couleur de nos roses,
le sens réel de ma terreur.
Te dire que je veux te revoir
te dire, te parler, t'expliquer...
te donner ce pain d'espoir
que je n'ai jamais goûté
ah! mon amour j'aurais voulu
mais, vraiment, je n'ai pas pu
ta bouche, tes yeux marrons
m'en ont empêché
mon amour, je t'écris aujourd'hui
assise sur mon lit
j'écris que j'aurais voulu te dire
que je t'aime depuis...
Mais fut dit un seul mot
qui semble bien idiot
j'ai prononcé comme un aveu
ce détestable "adieu"
Marie
20/10/1978
AMOUR CHAGRIN
le temps pour nous sera court
trois mois de séparation
nous donnerons plus d'amour
et encore plus de raison
ce soir, dans la chambre aimée
où, le soir tu t'endormais
je rêve encore de ce temps bleu
qui nous rendait heureux
les baisers échangés, les sourires,
les promenades en voiture,
nos petites crises de rire
et toutes les joies de la nature...
aujourd'hui nous nous sommes éloignés
Toi au Maroc et moi en France
et nous n'avons comme espérance
De nous aimer plus que par le passé
je sens la douceur de tes bras
et la douce sonorité de ta voix
j'espère que toi aussi là-bas
tu penses un peu à moi
Marie
06/09/1979
SEPARATION
le temps a effacé l'amour
qui germait en mon coeur
je me suis aperçue un jour
que frappait le malheur
disputes, colères et larmes
furent le lot de deux années
et nous n'avions ces seules armes
que pour mieux nous blesser
"tu ne m'aimes plus" m'as-tu dit un jour
dieu ! comme je t'ai aimé
mais c'est notre pauvre amour
qui a simplement changé
se peut-il que subitement
l'amour devienne haine
et que les souvenirs d'antan
nous fassent tant de peine
je pense encore à cet amour
si doux, si pur et si total
que tu me refusas toujours
en me faisant tant de mal
se peut-il que la tendresse
que je lisais dans tes yeux
s'éteigne en vitesse
comme un petit feu
dieu ! que je souffre
de ton mépris
aujourd'hui c'est le gouffre
et les affres de la nuit
verrai-je un jour
avec des yeux réalistes
que le véritable amour
n'est pas idéaliste
Marie
19/09/1982
LONG, TROP LONG
j'ai peur du temps qui passe
et je tremble devant lui
je redoute les mots qu'il ressasse
me répète et me redit
j'ai peur de moi, j'ai peur de tout
je voudrais que tout soit fini
qu'il ne soit plus jaloux
qu'il quitte à jamais ma vie
j'aimerais de nouveau espérer
une autre route, un autre chemin
je voudrais bien encore deviner
celui qui mène à mon destin
la route est longue et tortueuse
pleine de cailloux, de carrefours
elle est toujours sinueuse
et fait faire bien des détours
qu'elle est longue cette route
qui mène au fond du malheur
et nous savons sans nul doute
qu'elle nous dirigea vers l'erreur
il ne fallait surtout pas
changer de carrefour
maintenant je ne retrouve pas
les phares de notre amour
combien de jours, sans relâche
dois-je marcher près de mon désespoir
je t'en prie - enterrons la hache
et pars, pars ce soir
Marie
02/10/1983
FUNERAILLES
il est mort sans un bruit
tout doucement, jour après jour
après une longue agonie
il est parti pour toujours
il est mort tout d'un coup
sans une plainte, sans un bruit
et mon coeur, je l'avoue
ne l'a pas encore compris
nous étions tous les deux
encore un peu heureux
mais l'indifférence, oh! malheur
s'installa dans nos coeurs
je rêvais d'un foyer
d'un jardin et de fleurs
je rêvais d'un bonheur
que nous aurions créé
je rêvais d'une enfant
qui, un jour, te ressemble
je rêvais d'un printemps
qui, le soir, nous rassemble
je rêvais d'un amour
pour qui je puisse vivre
sans espoir de retour
avec, toi seul, vivre.
tu rêvais de liberté
sans engagement
tu rêvais d'été
sans aucun foyer
tu voulais de l'argent
sans trop travailler
croyant que le temps
te donnerait du blé
tu me demandais trop
sans ne jamais donner
pas un geste, pas un mot
alors... j'ai pleuré
il est mort sans un bruit
et mon coeur est glacé
car, jamais plus, je le dis
je ne saurai aimer.
Marie
06/02/1984
UNE PETITE LARME
je n'ai pu encore compter
le nombre de fois où
combien de fois blessée
une larme coula sur ma joue
je m'étais imaginée
vivre un conte de fée
un amour enchanté
qui fut vite assassiné
je n'ai pu encore compter
le nombre de soirs où
tu me laissais
une larme sur la joue
je ne peux plus compter
mes larmes sont taries
alors qu'un seul de tes baisers
m'aurait fait renaitre à la vie
Marie
13/08/1988
18/11/2006
Comme chaque année, je n'oublie pas cette date-là car c'est ta fête. Je t'ai envoyé un petit message ce matin et ta réponse n'a pas tardé... "je t'aime maman".
toute une foule de souvenirs remonte dans mon coeur. Je m'imagine encore ta petite main réclamant la mienne et ce contact si doux, je revois tes colères, tes sourires et surtout tes grands rires qui faisaient exploser la maison de bonheur....
La maison, même si elle respire enfin le bonheur avec Joël, elle est triste aussi de notre séparation. Oui, je sais..... elle s'en fout la maison : c'est moi qui n'accepte pas encore le fait que tu sois dans une autre vie que la mienne.
J'ai une impression d'inachevé, que je n'ai pas été une bonne mère pour toi et que j'avais encore tant à te donner mais tu ne m'as pas laissé le temps de me faire pardonner...
tu es partie trop tôt, trop vite..... comme d'habitude.
Je sais pertinement que l'on n'élève pas nos enfants pour les garder auprès de soi, qu'il est de notre devoir de les laisser s'envoler pour faire leurs propres expériences mais j'aurais tant voulu te forger un autre avenir, t'aider à mieux t'armer dans la vie afin que tu puisse mieux te battre (pour toi et les tiens).
Et je fais un retour sur moi-même : mariée à 18 ans à peine mais toujours dans les jupes de maman. Recevant d'elle ce que je ne pouvais avoir auprès de mon mari (écoute, compréhension, compassion). J'ai, tout comme toi, quitté l'environnement scolaire sans acquis et, tout comme toi, je suis restée à la maison durant 2 longues années.
Aujourd'hui encore, je me revois sans but, sans désir ni envie de me battre. Maman était là, le mari rentrait le soir pour un semblant de vie maritale. S'il nous arrivait de nous disputer, je courais vite dans le giron maternel . C'est tellement facile.
j'ai pu enfin m'assumer lorsque j'ai effectué un stage à Pessac qui m'a permis de faire des petits boulots pour terminer ma route à l'atelier où j'ai travaillé durant 20 ans....
27 Novembre 2007
Je me souviens de toi en tant que petite fille, réclamant des calins et de l'attention, je me souviens de toi en tant que bébé mais...... je n'aurais jamais imaginé que ma pitchounette me donnerait deux autres amours : te rends-tu compte, ma chérie, que tu m'offres une continuité de ma propre vie. J'étais la petite dernière de la famille, tu as été la petite dernière toi aussi, et, par ta rencontre avec Laurent, tu m'offres une famille dont je deviens l'aieule.
Bon ! d'accord..... tu me donnes un coup de vieux !!!!!!
Mais cela vaut le coup : j'ai un gendre formidable qui a su apprivoiser la maman inquiète que j'étais Je reconnais que Lolo a été un rival, un voleur de Aude et je me forçais à croire que j'étais la seule à pouvoir te rendre heureuse. Mais je faisais fausse route..... J'aurais pu continuer dans mes erreurs et mes péjugés. Cependant, j'ai eu la chance de croiser un gendre très patient qui m'a appris à multiplier mon amour au lieu de le focaliser sur une seule personne.
J'ai connu un Laurent maladroit dans ses gestes (on ne compte pas les cafés renversés !!!) et dans ses paroles mais tout cela s'efface devant ses rapports avec notre famille. Il s'entend avec tout le monde....... J'ai connu un Laurent célibataire qui s'est investit en tant que compagnon d'une nenette pas facile tous les jours et je découvre un Lolo qui est maintenant papa.
Lorsque vous m'avez offert sur un plateau d'or mon petit Samuel : continuité de moi-même et de ma petite chérie, je savais aussi qu'il était une part importante de son papa. C'est vrai que je me suis posé pas mal de questions au début : Laurent me permettra-t-il de le prendre, de le dorloter, de jouer mon rôle de mamie-gateau ? Je n'aurais pas dû me poser ce genre de questions.....
Samuel, petit rayon de soleil dans ma vie est le plus bel arc-en-ciel que vous ayez pu m'offrir... Je ne savais pas que l'on pouvait aimer autant. Parce que Samuel représente à
lui seul (pour l'instant) toute une famille.
14 Décembre 2008
L'année se termnine, un peu bancale par la maladie et tous les soucis de la vie. Cependant, dans cette année difficile, il y a eu des rayons de soleil inscrits à tout jamais. Ma famille
s'est aggrandie et je suis, depuis le 30 juillet dernier, la mamie d'un second petit-fils : Raphael.
Ce petit dernier que vous m'offrez tous les deux est arrivé surement au bon moment : mon combat, ma lutte pour le voir grandir et l'aimer autant que Samuel. C'est vrai que l'amour se
multiplie : plus on en reçoit et plus on a envie d'en donner.
Je vous aime très fort tous les 4 qui ne faites qu' 1 par la force de votre amour.
Au sujet de la cigarette
J'ai cessé de fumer le 5 Mars 2007 à 21 h 12 mn.
Instant important de ma vie où j'ai écrasé ma dernière cigarette sans trop y réfléchir. J'ai dit non à la dépendance. Quand je fumais, il me fallait mon paquet, mon briquet et un cendrier. Quand je fumais, il me fallait trouver aussi des fumeurs, pour être plus à l'aise dans mon vice. Quand je fumais, j'avais toujours quelque chose à dire : le fait de tenir une cigarette donne une certaine contenance à votre main (et peut être aussi à votre cerveau !!).
Aujourd'hui, je suis non fumeuse. Il parait que je n'aurais pas le cancer...... du fumeur. Je fais partie du moule que la société a voulu. Le nouveau médicament qui m'a dégouté de l'odeur même du tabac m'a aussi dégouté d'une certaine joie de vivre. Joël trouve que j'ai changé, que je suis moins gaie, moins agréable. C'est normal : il faut que je fasse mon deuil. La cigarette était une amie mortelle, mais disponible quand j'en avais besoin.
Il est évident que je suis fière de moi, de cette volonté que je m'arrache chaque jour de ne plus fumer mais ne croyez pas que cela se fasse sans douleur. Alors, pour oublier ma chère copine, je compense. J'aurais pu choisir du whyski coca (au 3e, je suis déjà gaie !!!) ou du gin kas. L'alcool fait oublier, c'est certain.
Mais je n'apprécie pas l'alcool, ça me rend malade et ça rend débile.
La cigarette, c'est fini pour l'instant. Je ne sais pas combien de temps je vais tenir, quelle excuse vais-je pouvoir inventer pour retrouver mes volutes de fumée et ma complicité avec ce poison.
Peut être même serai-je assez stupide de tenir le coup : accepter ma propre décision et faire mon deuil. Une chose est sure : si vous n'avez jamais fumé, surtout, ne commencez pas.
Juillet 2008
Surtout ne pas recommencer mais j'ai eu la bêtise d'y repiquer. Non, je n'ai toujours pas le cancer........ du fumeur mais il y en a tellement....... Et me voilà propulsée dans un monde de peur
et de douleur morale. Je puise mon courage idiot dans les volutes de fumée. La cigarette me tue et m'apaise, m'aide malheureusement à supporter un univers solitaire tout en sachant que le combat
contre cette amie mortelle sera plus difficile à vaincre que le cancer. je fume en cachette de Joêl, refusant d'admettre qu'il ne sent pas mon odeur nauséabonde, un peu comme une
gamine qui a peur de se faire facher. Il a peur pour ma santé : j'ai déjà un cancer du sein............
Mars 2009
La formidable aventure commence, le terrible combat entre la clope et moi. Nous sommes partis dans le Lot et Garonne chez Mimi, avec la chienne, mes patchs et mes nicorettes. C'est
décidé, je retente le coup mais c'est bien la dernière fois. En plus c'est le jour du printemps !!!! Allen Carr, il a beau dire que l'on doit ressentir du bonheur en arrêtant cet esclavage,
moi.............. je suis triste de la quitter, mon amie : j'ai tant partagé avec elle.
Mais l'arrêt ne se révèle pas si difficile que ça, on se promène, on fait courir la chienne dans les champs de maïs. Je découvre autre chose : une complicité oubliée et puis,
franchement, le fait de ne plus fumer ma rassurer. Peut être que je ne l'aurai pas le cancer du poumon.
je me suis inscrite sur le forum mais ya pas foule............. A croire que personne ne veut arrêter de fumer. Bon, je lis pour l'instant, on verra plus tard si l'instrument est
capable de m'aider.Donc, le 21 Mars 2009, je suis non-fumeuse.
Au sujet du mariage.
Le 15 décembre 1979, je me mariais..... Je disais "oui" à un étranger qui était à mes côtés tout en sachant que je ne l'aimais pas.Je n'avais pas 18 ans, je ne savais pas que j'aurais pu faire marche arrière. J'ai porté son nom durant 10 ans comme un fardeau...... Reprendre mon nom a fait que je retrouvais ma propre identité.
Il y a 1 mois, Joël m'a demandé en mariage et aussi de porter son nom. Nous vivons ensemble depuis plus de 3 ans, mon amour pour lui est encore plus fort qu'au début et je lui ai dit oui.
C'est la seconde fois. Je vais encore changer de nom mais je sais qu'avec Joël, je garderai mon identité, ma façon de vivre, mes idées...... Je sais que le fait d'être sa femme et de porter son nom me donnera ce bonheur de le mériter chaque jour.
Nous nous marions le 11 Août prochain en toute intimité, rien qu'avec nos témoins. C'est notre désir à tous les deux de ne pas trop étaler notre bonheur et de continuer à nous aimer sans faire de bruit. Le bonheur est tellement fragile qu'il vaut mieux pas être un peu égoïste pour en profiter.
Au sujet de la poterie
Au début, je n'étais pas d'accord pour y aller. Joël voulait à tout prix que j'ai une activité extérieure, une vie sociale..... Moi, cela ne me plaisait pas trop de rencontrer des bonnes femmes. Je devais avoir peur...... J'ai rencontré Karine à Casino en compagnie de Aude qui la connaissait : drôle de fille, celle-là...Au premier abord, elle ne m'a pas convaincu de cette décision de pratiquer la poterie !!
Les jugements se font tellement vite...........
Je l'ai réellement rencontré le jour de l'inscription : d'ailleurs, elle ne savait pas trop si elle devait nous prendre. Je dis "nous" car il y avait ce jour là : Josy et Christiane.
Christiane, il me semblait la connaitre, un air de déjà vu..... C'est au cours de l'année que nous avons enfin compris. C'est la cousine germaine de papa. Avec l'âge, la mémoire est incertaine et ça me fait flipper.
Donc, nous avons commencé la poterie avec des boudins (plus jolimment nommés colombins) et moi, j'aime bien les boudins. Il parait que je les façonne avec facilité. ça ne m'étonne pas d'ailleurs.
Ce premier jour, j'étais un peu intimidée mais je savais ce que je voulais créer (c'est bien d'avoir des buts....) et je l'ai dit à mon professeur de poterie. Karine a dû croire que je voulais monter un magasin de vaisselle et m'a refroidi. Mon but, il est vrai, était de me faire un service.
Cela fait 3 ans que je pétris la terre et je n'ai réussi qu'à faire deux assiettes pas très droites. Pour le reste, je préfère créer n'importe quoi..... En fait, je m'amuse.
A la poterie, j'oublie : j'oublie la solitude, les heures interminables qui me séparent de Joël , les douleurs quotidiennes. A la poterie, j'y retrouve Karine qui, en fait, n'est pas si méchante que ça. Je dirai même qu'elle est géniale.
Il y a là-bas : Karine qui est le pilier, elle marmonne, chantonne, fredonne et donne..... de bons cafés.
Christiane : c'est donc ma cousine. Elle n'aime pas peindre et non plus déranger les autres. Très douce et discrète
Liliane : jeune mamie comme moi, elle se bagarre souvent avec sa copine Karine
Josy : Notre mèdecin bio qui nous apporte du vin chaud à la cannelle, des plantes et beaucoup d'idées.
Muriel : Il ne faut surtout pas prendre sa place et elle n'aime pas Chimène Badi.
Moi-même avec mes trucs tordus et mon aversion pour le ponçage.
Chacune apporte son trait de caractère, sa différence et sa joie de vivre.
Outre le fait que nous fabriquons des objets personnels, cette journée poterie est un moment exceptionnel qui me rattache un peu plus à la vie. Les soucis disparaissent, les douleurs aussi : pour quelques heures mais c'est important.
Quel dommage que je n'ai pas commencé avant !
Au sujet du Tasta
J'y passais, enfant, des soirées entières à feuilleter les catalogues DELBART de mamie et dont je découpais (avec sa permission) les roses pour les coller sur des feuilles volantes que je perdais aussitôt. Adolescente, j'y passais des week-end entiers, auprès d'une mamie complice à qui je me confiais tout le temps. A 21 ans, c'est au Tasta que je suis venue vivre et c'est au Tasta que Aude a grandi. C'est encore au Tasta que Joël a fait son entrée dans ma vie.
Mamie nous a quitté sans trop faire de bruit mais en nous laissant beaucoup de chagrin. Elle n'a rien emporté avec elle, c'est comme ça.... Elle nous a simplement laissé au passage un amour qui, je l'espère, se multipliera au fil des années. Pour moi, Le tasta : c'est ma chère mamie qui me manque autant que ce matin de février 2007.
Au sujet de ce Noêl 2007
L'année dernière encore, Noël était le jour particulier de toute l'année. Ce jour unique me permettait d'offrir un petit quelque chose, un signe, un courrier, une simple preuve d'amour..... On se permet ce jour là de revenir vers notre petite enfance : préparer le sapin un mois à l'avance afin d'en profiter un maximum, même s'il prend trop de place...., le bombarder de neige, les yeux brillants de joie....
J'ai donc préparé mon sapin comme j'en ai l'habitude depuis des années....
Dans quelques jours, c'est Noël. Dans quelques jours la plupart des familles se retrouveront pour un jour d'amour (je l'espère car, pour nous, c'est ce qui se passe). Pourtant, je redoute le 25 décembre car je sais que nous aurons aussi une pensée douloureuse pour ceux qui ne sont plus là.
L'année 2007 a été un fleuve houleux qui a emporté avec lui : mamie, ma douce mamie, au mois de février, cousin René un mois plus tard, Bijou (mon cobaye !!!!) au mois de juillet et, dernièrement, Albert Tapia. Ce fleuve implacable garde dans sa boue, Babet qui se bat face à la maladie, Valérie qui a tant changé, et tous les autres anonymes qui n'ont plus de toit..... ceux que l'on oubliera en mangeant des huitres et du foie gras pendant qu'ils crèveront de solitude.
Noël 2007, Noël du 21e Siècle qui donne offre son lot de SDF, d'isolement moral et physique.
On étale une certaine idée du bonheur, de chaleur pour certains alors qu'un grand nombre ne connaitra pas, ce jour-là, la joie d'une main tendue.
C'est ça aussi Noël 2007.
Que Dieu pose sur notre terre un coeur miséricordieux afin de nous apporter un autre Noël, celui de 2008 : plus doux pour tout le monde. Si chacun avait sa part (même une toute petite) ce serait un vrai Noël.
Au sujet de la haine
Il y a Blanchette qui nous a quitté il y a 3 semaines, il ya Emma (la petite-fille de Didier Réaud) qui est partie retrouver les anges à 6 jours à peine, il y a aussi Arthur qui se bat contre la
mucoviscidose, ses parents qui lui tiennent bien la main. Il y a nous qui ne pouvons rien faire, sauf prier. Et puis, il y a, de l'autre côté, ceux qui ne pensent pas à toutes ces souffrances,
ceux pour qui la douleur des autres n'a aucune importance. Tout cela me rend bien triste !
Malgré mon envie de rester à la maison, Joël a voulu à tout prix que j'aille là-bas. Depuis mai 2007, je n'y suis allée que 2 fois............. 2 fois de trop ! Je ne suis pas acceptée là-bas,
notre mariage n'a pas été validé non plus mais Joël voulait m'imposer. Sans me connaitre, sans savoir qui je suis réellement, j'ai été jugée et condamnée. Le procès n'était même pas à huis
clos et je n'ai pas eu droit à un avocat. D'ailleurs, je n'ai même pas eu le temps ni le recours.
Peut-être ai-je fait des erreurs d'appréciation et dit des mots qui ont pu blesser ou être mal interprétés. Je suis un être humain et ne demandais qu'à m'expliquer voire à m'excuser mais je ne
méritais pas ça.
Il y a eu quelques mots dits avec un sourire glacé : épouser un oenologue, ca se paie ! Et ensuite, je ne me souviens plus très bien puisque je me suis retrouvée par terre. Le pied de l'agresseur
était mal placé (ou trop bien placé)....... 50 personnes autour de moi et une seule qui me dit : relèves-toi au lieu de jouer la comédie !
Quelle humiliation...........
A 46 ans, je joue la comédie.
La seule comédie que je joue est de ne pas en parler ouvertement, ne pas demander à ces personnes pourquoi elles agissent de cette façon............. Alors, j'écris sur ce blog que personne ne
lira. C'est mieux que rien !:
J'ai vu la haine gratuite, la méchanceté à l'état pur alors que tant de personnes se battent pour leurs gosses. Etait-ce le moment ? Ne pouvait-il pas avoir dans son coeur un peu plus d'humanité
?
J'ai décidé de ne plus jamais revenir là-bas. A quoi bon !
Je préfère rester au Tasta, mon havre de paix. Personne ne me fera de mal.
Au sujet du présent
Mois de juin 2008 complètement pourri ............ La chute du début du mois a occasionné une sciatique qui a duré plus d'un mois. Mi-juillet nous avons emménagé chez mamie. Une grande joie
pour nous deux car nous allons enfin vivre dans notre paradis à nous deux. Peu de transport mais j'ai trouvé ce déménagement très difficile. Heureusement que ma petite famille était très
présente ainsi que Denis qui n'a pas lésiné sur sa présence........... 10 juillet : nous dormons enfin chez notre nouveau "chez nous". 12 juillet, je vais seule, l'âme en
paix, faire une mammographie à Carbon-blanc. J'en ressors une heure plus tard un peu moins sereine : une étoile de 13 mm est installée dans mon sein gauche, il ne faut pas garder
ça, biopsie...........
Je vais chez le mèdecin deux jours plus tard : êtes-vous bien entourée, il faut se battre, téléphone à Bergonié..
Merde.
L'attente est quelque fois insupportable car je ne sais pas. J'oscille entre le désir de savoir ce qui m'attend et cet espoir que je n'ai rien du tout. Je regrette même un peu cette mammo qui
bouleverse mes habitudes.
25 Juillet : le service de sénologie de Bergonié m'appelle pour confirmer la biopsie au 31 juillet. Les jours sont longs mais tout va trop vite.
Pour tromper l'angoisse, nous sortons un peu plus.
Vendredi soir chez Denis pour une soirée "brasoucade" très agréable et samedi soir chez Pascale Morin où le moral n'était pas très présent.
Dans ces moments pénibles où l'on est entouré, on se sent terriblement seul, malgré tout.
mardi soir 29 juillet : je respire l'air du soir comme une future condamnée. Il ne reste qu'un jour avant cette maudite biopsie.
Dimanche 3 août : Je déjeune chez Alice et Xavier avec toute la famille . Raphael a eu la gentillesse de se joindre à nous. En effet, je suis, pour la seconde fois grand-mère d'un
second............... petit fils.
Cette joie immense et merveilleuse se combine avec la colère d'une mauvaise nouvelle : après la biopsie (terrifiante mais pas trop douloureuse) il y a encore l'attente du verdict pour le 11.
11 Août 2008 : j' ai appris, au fil des années, que lorsque l'orage éclate il vaut mieux attendre l'éclaircie..... car il y en a toujours une. J'ai aussi appris que j'ai bien un cancer mais que
ce soir, je fête auprès de mon mari notre première année de mariage. L'entrecote nous attend, les frites seront dorées et l'amour est plus présent que la maladie. Ce soir sera doux car nous le
désirons.
Demain sera un autre jour.
13 septembre 2008 : Il y a 13 jours, j'étais opérée du sein ainsi que de jolis ganglions sous le bras (qui ne sont pas cancéreux). L"opération s'est très bien passée. Entrée le 31/08, opérée le
1er et sortie le 2/.09. Les infirmières viennent tous les 2 jours me changer les pansements et, tous les 2 autres jours, c'est mon amour à moi qui s'en charge. Il faut le voir prendre toutes ces
initiatives avec le sourire. Comme les pansements ont irrité ma peau, il n'a pas attendu que les infirmières arrivent pour me badigeonner de pommade. Il m'interdit gentiment de passer le balai,
faire la vaisselle et le fait sans rien dire. Même mes nuits blanches sont partagées puisqu'il ne dort pas quand je ne trouve pas le sommeil. Au-delà de la souffrance, de la peur et de l'ennui
(les journées sont longues), au-delà des mots que l'on n'arrive pas pas à trouver pour calmer les angoisses, j'ai une lumière qui me guide vers un combat qui devrait être victorieux. Il est
présent, aimant, réconfortant et je ne sais comment lui dire que je l'aime d'un amour exceptionnel. Joël est riche en-dedans, riche de modestie, d'abnégation et de simplicité dans ses actes. Que
Dieu le protège à tout jamais et le garde sous son aile.
13 Octobre 2008 : toujours en attente de la radiothérapie qui a été repoussée............ la cicatrice du sein refuse de faire son boulot. Pourtant, les infirmières le font bien, elles
!!!
29 Octobre 2008 : je commence (après le scanner du 22) enfin mes voyages vers Libourne pour des séances de radiothérapie. Le trajet dure 20mn, les rayons 6 mn et le retour 20 mn. Au début, il m'a
fallu dénicher le service "oncologie" (ce nom m'était totalement inconnu), accepter le fait que le mèdecin qui me suit me prenne pour un morceau de viande à étudier et à qui on ne parle pas,
arriver à me coucher sur la table sans trop souffrir, ne pas bouger d'un pouce (très embêtant quand le nez se met à démanger !!) et à me relever avec l'aide des personnes présentes. Si le
spécialiste est froid comme la pierre, j'ai une consolation : le personnel est super gentil, toujours à l'écoute et je me lie avec d'autres égarés comme moi. Nous nous rencontrons chaque matin
(un peu comme dans un bus) , attendant sagement notre nom et le numéro de cabine où chacun se dirige d'un pas dynamique. Au hasard de ces brefs moments, nous échangeons quelques mots,
apprenons à dire et recevoir nos "expériences" tout en sachant qu'un matin, une autre personne remplacera celle avec qui nous discutions la veille. Je repars ensuite vers la maison, un peu
paumée actuellement et pensant au lendemain matin qui revient.
14 Décembre 2008 : il parait que la radiothérapie ne fatigue pas et surtout, qu'il n'y a que rarement des brulures..... Je fais donc partie des exceptions !!! Au hasard des discussions avec
les autres "radiothérapées", j'ai eu vent que ma fatigue faisait partie aussi de leur lot quotidien vers la moitié du parcours. Au début, tout le monde est courageux. On est gonflé à bloc : on va
s'en sortir !! . Moi, je ne me plains pas trop car j'ai évité la chimio pour l'instant. Au fil des séances, les discussions sont moins anodines : on fait l'inventaire, parlant de cette maudite
fatigue et de la chaleur désagréable qui envahit la partie irradiée (et même à côté). Mon corps a tenu le coup 4 semaines, mon moral est descendu un peu mais la radiothérapie a été
suspendue : il ne me reste que 8 séances sur 33. Brulée au 2e degré, les infirmières ont pris le relais pour réparer les dégats.
31 Décembre 2008
Je viens d'apprendre que Babet doit faire une biopsie après-demain. Pas de répit pour le cancer qui travaille en silence et ronge notre corps......... Une récidive ? Nous saurons dans
deux jours, nous saurons l'année prochaine. Je pense à elle très très fort mais reste déterminée à passer une bonne fin d'année auprès de mon amour. Je veux que cette soirée soit douce
malgré tout. Ma devise actuelle : aujourd'hui.
C'est bien court, je sais, mais chaque jour est comme je le programme.
Janvier 2009
Un peu comme un bateau à la dérive, j'ai commencé l'hormonothérapie (aromasine). J'ai cette mauvaise impression que ce petit cachet me bouffe le corps sans que je ne puisse rien faire. Il
faut le prendre ! Je l'ai débuté le 2 Janvier.
C'est vrai qu'en ce moment, je me sens seule et un peu abandonnée. Bergonié et Libourne m'ont boosté de juillet à mi-décembre 2008. Et, tout d'un coup............. c'est une grande
solitude. Toujours des questions qui pourraient au moins me rassurer. Toujours ce vide qui me renvoie à ce maudit cancer. Je ne me plains pas : très entourée par une famille qui
croit actuellement que le danger s'écarte, moi........... je me sens très seule.
Avril 2009
je suis inscrite sur le forum docti depuis un mois et, comme d'habitude, je me suis plantée.........Je me retrouve avec les accompagnantes et accompagnants des "cancer du
poumon". Les "cancer du sein", ne m'ont pas trouvé interessante : je n'ai pas eu de chimio, pas envie de parler de mes douleurs (ça change rien, je les ai quand même). Ma
file est : besoin de parler............... oui, un besoin de communiquer, de me relier à cette vie différente et je l'ai trouvé auprès de ces femmes et homme fantastique.
Il y a Fredine : c'est elle qui a débrousaillé le chemin pour moi, je n'arrivais pas à avancer, je posais des questions et on ne me répondait pas. Elle a mis un sacré coup de pied
dans l'essaim.......... et elles sont toutes venues la piquer. Il n'y a que moi qui puisse comprendre ce passage mais ça fait du bien d'en parler. Fredie, c'est comme un premier amour,
elle est si forte et si fragile à la fois.....
Il y a Lissel : elle est toujours calme et sereine quand elle envoie un message, apaisante............ mais tout en dedans d'elle il y a des souffrances qui ne peuvent s'exprimer.
Alors, elle donne de son temps (c'est tout ce qu'on peut faire, d'ailleurs !!!), canalise les angoisses. Et quand on va sur sa file, on devine le grand drame de sa vie.
Il y a Ellen : n'a pas le temps de souffler, de penser à elle puisque sa famille est attaquée de toute part par la maladie. Une sorte de malédiction !! Pourtant, dès
qu'elle le peut, elle s'intéresse encore à notre sort.
Il y a Doun : C'est notre Doun à nous. Avec certaines, il a un charabia incompréhensible mais je ne dis rien......... Je lis ses files, essaies de deviner ce qu'il veut exprimer
mais je suis loin encore de pouvoir traduire..........
iL y a Chriss : je la vois un peu comme notre maman. Pas un mot plus haut que l'autre, une infinie tendresse pour chacune de nous et elle s'infiltre royalement dans nos files
lors de disputes pour apaiser tout le monde..........
Il y a Clo : Elle habite à 30 km de chez moi et passe régulièrement sur ma file. je fais de même.........
Il y a Cassie : elle est plus vers l'essaim (les seins) mais m'a conseillé pour mon traitement .......... Malheureusement, j'ai cessé d'exister pour elle.
C'est le mystère du forum : on est là, on se lie, et aussi, on peut disparaitre à tout moment.
Il y a aussi tous les autres que je connais moins mais qui font partie de ma vie secrète : alive, Grisou, Pat, Pam,Seb et tous ceux que j'oublie.................. ainsi que toutes
celles qui viendront nous rejoindre.
Mai 2009
je n'ai pas le moral.
Il m'est arrivé, durant ma petite vie, ne pas avoir le moral mais là, ça va vraiment pas !!!
j'ai l'impression d'avoir été happée par une machine qui me broie chaque jour un peu plus. Je me lève chaque matin en pleurant sans ne pouvoir rien faire, dès que l'on me demande si ça va, je me
mets à pleurer. Le fait d'avoir un cancer ne fait pas mal, ça je le sais mais le parcours à faire pour le contrer est éprouvant : opération, radiothérapie, hormonothérapie, j'ai pas eu le temps
de souffler. Déjà le mois de mai et je pense déjà à la mammo de controle début juillet. Je m'accroche au forum car je sais que je ne me débarrasserai pas facilement du crabe.
Maman s'inquiète pour moi, me téléphone ou vient me voir : "ça va" ??? Depuis une semaine, pour elle, rien que pour elle et sa sensibilité de maman, je lui dit que tout va mieux. Je ne peux
confier mes douleurs et mes peurs au forum, elles en ont tellement elles aussi. actuellement, je suis en apnée et j'ai pas envie de remonter...........
C'est peut être un passage normal de ma vie. Accepter et réaliser que j'ai bien un cancer alors que j'ai tout fait pour l'occulter et le refuser.
Ca ira mieux demain !
| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||