Recommander

Lundi 14 août 2006

 Depuis cette fin de soirée où je t'ai trouvée assise par terre, le regard lointain et les traits crispés par la douleur, je t'ai accompagnée sur le chemin d'une vieillesse qui n'en finit pas de m'étonner.

Le col du fémur a bien été cassé mais c'est l'anesthésie qui a détruit peu à peu le cerveau bouillonnant que tu avais. Durant ta convalescence aux Lauriers, je venais te voir chaque jour.... J'avais ce besoin de te voir, te toucher, te parler mais..... tu étais déjà dans un autre monde : celui des dames en blancs, d'une chambre aseptisée et d'une ronde incessante de visiteurs et de soignants. Lorsque je rentrais à la maison, j'allais vite chez toi : m'asseoir à ta table, la porte de la cuisine ouverte en grand, j'admirais l'acacia pour me ressourcer. Je fermais les contrevents, donnais à manger à ta chatte et refermais la porte de la cuisine.

Le matin, j'ouvrais la maison, aérais les trois pièces comme si tu pouvais revenir d'un instant à l'autre.... Mais ton absence a duré deux longs mois. En 2002, je travaillais à l'atelier, rencontrais des problèmes professionnels au point de vue relationnels et je me confiais à toi bien souvent. Tu savais si bien écouter sans ne jamais prendre parti. J'ai appris la tolérance et l'amour du prochain grâce à toi : tu ne critiquais jamais et tu savais m'apaiser quand je venais te faire mes confidences.

Tout n'a pas été rose entre nous deux : il y a eu les périodes d'opposition un peu avant mon divorce. J'ai même cru que tu ne m'aimais plus...... mais tu es vite revenue vers moi et tu as continué à reccueillir mes secrets!

Lors de ton absence forcée en mai 2002, Aude et Alice ont vendu le muguet de ton jardin et, consciencieusement, je mettais l'argent dans une tasse, heureuse à la pensée que tu serais émue.

Toutes les 3, à ton retour, en présence de maman, nous avons compté consciencieusement les pièces et les billets que nous avions collecté mais tu n'as pas réagi.

 ton retour, c'est vrai qu'il a été étonnant : tu n'as pas repris ta place habituelle : tes deux filles te portaient ton repas le midi et le soir. Tu arrivais encore à mettre ton couvert et à faire ton café. Le matin, Martial venait  le partager avec toi mais ce fut pour une courte période. Tantôt, tu oubliais de mettre le café, tantôt, tu inversais le café et l'eau . J'eus beau essayé de t'expliquer que tu te trompais, tu ne voyais plus la cafetière de la même façon. Elle expira un matin et je proposais de préparer ton petit-déjeuner. J'habitais à côté, c'était plus pratique de faire quelques pas plutôt que d'imposer à Jeanine et Josette des allers et retours qui les auraient vite épuisées. Elles tentèrent de s'opposer à mon offre, prétextant que ce n'était pas mon rôle de les aider mais il n'y avait que deux solutions et je pense que la mienne fut la plus sage car j'ai la chance de partager chaque matin à tes côtés.

L'année s'écoula doucement, sans trop de problèmes. Tu t'occupais bien de la chatte, lui donnant à manger et à boire, te fermant à clé chaque soir mais il y eu des changements dans ta façon d'être que je ne compris pas au début.

Un soir, alors que nous étions partis, Joël et moi, tu t'étais couchée tôt. A notre retour, vers 21h, je m'apercevais que les lumières de la cuisine étaient allumées. Ce n'était pas ton habitude.... Inquiète, je venais chez toi pour te demander ce qui se passait et constatais que tu avais mis sur la table une dizaine de bols, le sucre, les cuillères et le lait. Tu t'étais endormie vers 20h pour te réveiller une heure plus tard : il faisait encore jour !  Ta réaction immédiate était la colère et l'indignation et il me fallait le secours téléphonique de maman pour te faire comprendre que je ne te racontais pas de blagues. Tu comprenais ton erreur quand la nuit se mettait à tomber, te remettais au lit et dormais jusqu'au matin.

Tu confondais donc la nuit et le jour et téléphonais, à cette époque, à 3h du matin à maman pour lui demander quelque chose. Je pense maintenant que tu en avais peur de ce noir qui tombait. Tu en parlais d'ailleurs comme si c'était un ennemi. Solitude, silence, mort : peut-être sentais-tu venir à petit pas l'annonce d'un départ prochain. Ton comportement nous énervait, nous ne comprenions pas la femme que tu étais devenue. Tu as eu ta période "tintin" où tu cajolais tendrement un vieux nounours, nous affirmant qu'il était un peu mort mais que tu le voyais encore respirer ! Il fallut surmonter cette période tristounette pour enfin comprendre et, surtout réaliser que tu nous quittais bien avant ton départ physique.

Tu te souvenais encore de ta date de naissance, de ton âge et le mèdecin venait te voir une fois par mois. Aujourd'hui, tu ne sais pas quand tu es née, tu as 52 ou 53 ans et, selon les dires des infirmières, le docteur passe te voir tous les soirs.

Pauvre docteur ! chaque fois que nous avons restreint ton univers, il nous a fallu mentir et accuser le mèdecin d'être la cause de tous les changements dans ta maison. C'est à cette condition que tu acceptes ta vie quasi-carcérale puisque, à l'heure actuelle, nous t'enfermons à clé chez toi. Nous n'avons pas trouvé d'autre moyen pour te protéger et te permettre de rester au Tasta.

En 2005, nous nous sommes adaptés à ton état : le docteur a diagnostiqué une insuffisance rénale en phase terminale. Il a supprimé peu à peu tous les cachets que tu prenais (avec mon aide) pour n'en laisser que 3 ou 4. C'était bien suffisant. Tu as supporté les chaleurs de 2003 comme tu as pu et tu te mettais bien souvent en colère quand je te proposais de boire..... Car tu n'en avais même plus envie.

Je te grondais à mon tour, pensant que tu étais inconsciente de ne pas réaliser que tu risquais à chaque instant de perdre la vie. Mais tu as survécu à la canicule de 2003. Certains n'ont pas eu cette chance....

tu étais incontinente et il a fallu t'imposer des couches..... t'affirmer aussi droit dans les yeux que c'était nouveau et que nous en mettions toutes. Toi, tu ne comprenais pas et, économe, tu les lavais après usage. Nous les trouvions sur le séchoir à linge et les sortions vite avant que tu ne t'en aperçoive. Ton incontinence s'aggrava, les infirmières furent appelées à la rescousse pour la toilette du matin et du soir. Cette intrusion dans ta vie intime fut très difficile mais nous étions obligées d'en passer par là. Tu n'avais plus la présence d'esprit de te laver correctement.... Une aide-ménagère fit son apparition et investit ton univers. Que de bouleversement dans ta vie..... Pour mieux te "surveiller", je proposais d'installer un baby-phone qui me préviendrait en cas de problèmes (chute, cri). J'ai eu du mal à m'adapter au tic-tac de ta pendule et à tes ronflements nocturnes. Joël a préféra éloigner un peu l'intrus pour mieux dormir. Nous sommes habitués et ces bruits familiers me rassurent. Je n'ose pas imaginer le jour où ils ne me berceront plus !!

Début 2006, nous fêtames tes 91 ans. Tes petits-enfants (Sylvie, Emmanuel,Denis,Martial et moi-même ainsi que les conjoints), tes arrières-petits enfants (Fanny, Elvine, Alice, Aude, Clara, Rémy, Paul et Eddy ainsi que les conjoints pour deux d'entre elles) et tes arrières-arrières-petits-enfants (Elysa et Samuel)

Tu étais si fatiguée ce jour-là que j'ai pensé que ce serait ton dernier anniversaire. A l'heure actuelle, tu es toujours présente dans notre vie............

Cependant, en mars dernier, tu as eu une mauvaise bronchite et le docteur t'a administé un antibiotique. Le remède a été pire que le mal. Le lendemain, tu es restée assise sur ton fauteuil, dodelinant la tête et incapable de bouger. Maria (l'aide ménagère) t'as installée dans un gros fauteuil face à la porte et tu t'es endormie.... J'ai passé la pire de mes journées, venant te voir toutes les 5 minutes, surveillant à travers la vitre, un souffle de vie. Tu étais inerte dans ce fauteuil et je me sentais bien seule. Vers 17 h, papa est arrivé, a compris aussi que tu n'allais pas bien.

Nous t'avons mise dans ton lit et le docteur est venu..... Tu étais presque inconsciente, dans un état semi-comateux et nous pensions que tu étais en train de nous quitter. Deux jours dans ce lit, pour te retrouver debout le surlendemain, tremblotante mais toujours aussi tétue.

Tes filles ont, sur les recommandations du mèdecin,ont commandé un lit médicalisé qui a été installé dans le bureau. Le décor de ta vie était encore changé. A un point tel que tu penses encore que tu n'es pas chez toi..... C'est à partir de ce jour-là qu'il a été décidé de fermer ta porte à clé.

Une sacrée organisation pour te protéger de toi-même qui fut faite au fur et à mesure des bêtises que tu pouvais occasionner et qui nous faisaient rire quelques fois, malgré nous.

Quelles étaient tes occupations favorites , toi qui est toujours occupée, qui n'a pas le temps de t'amuser et ne t'ennuie jamais. Tu cousais : au début, tu prenais tes torchons pour faire les ourlets. Nous t'avons donc donné des vieux draps, à tour de role, pour que tu nous en fasse. Quelques mois plus tard, tu as raccourci tes robes, tes combinaisons et tu t'es attaqué à tes rideaux sans oublier aussi les poches poubelles que tu ornais de petites aiguilles. Nous t'avons supprimé ton nécessaire à couture qui devenait dangereux pour toi. Il y avait des épingles partout.....

Depuis quelques mois, tu continues tes occupations. C'est vrai, tu es une femme qui ne supporte pas l'inactivité. Tu coupes sérieusement des petits bouts de papiers toute la journée.....

Hier, la postière m'a apporté le botin téléphonique et j'ai eu la joie de te le porter. Tu vas avoir du boulot, mamie !

Tu caline aussi tendrement un poupon que Maria t'a offert .... Tu ne sais pas comment il s'appelle mais tu dis souvent que c'est ton fils. Pour ce qui est de ta famille : tu n'as plus la notion des noms. Je suis, tantôt ta mère, la patronne ou ta soeur mais tu n'accepte pas le fait que je sois ta petite-fille. Tu es trop jeune pour être ma grand-mère.

Oublieuse mémoire qui fait que tu n'as pas été traumatisée par la disparition de ta soeur Madeleine et pourtant, quelques fois, il me semble que tu as deviné, que tu sais qu'elle ne reviendra plus jamais. Tu n'as pas non plus supporté le divorce de Martial et Marie-Claire. Toutes ces tristesses te semblent étrangères tout autant que les joies familiales. Tu ne reconnais pas Samuel qui vient, presque chaque matin, assister à ton petit-déjeuner avec un grand sourire. Il est presque un rival quand il réclame ton poupon..... "Lui fait pas de mal" ! lui dis-tu, inquiète.

 Tous ces moments précieux partagés avec toi sont un rayon de soleil qui illumine ma vie et réchauffe mon coeur un peu plus chaque jour. Je m'accroche à toi qui, sans le savoir, me transmets un amour étonnant et je ne me sens pas encore prète à supporter une séparation inéluctable. Même dans tes oublis et tes absences, ta chaleur m'irradie le coeur et je pense bien souvent : quand elle partira ma mamie, qui me réchauffera ?

 

4 Janvier 2007

Te rends-tu compte mamie ? je suis partie 4 jours. J'ai laissé les infirmières s'occuper de ton petit-déjeuner pour aller à Paris..... Besoin de me ressourcer.... de prendre des forces pour mieux m'occuper de toi.

Le retour n'est pas plus gai que le départ puisque ton état a  évolué vers une destination que je n'accepte pas encore.

Le docteur est venu hier : les résultats d'analyse sont mauvais, il n'y a plus rien à faire. Te laisser tranquille, chez toi. la fin est inéluctable, nous le savons tous et je suis persuadée que tu l'as compris toi aussi. Hier après-midi, tu m'as dit : "je suis foutue"...... et tu as refusé de boire.

Ce matin, le petit-déjeuner a été un peu compliqué : un des cachets s'est coincé entre deux dents (il t'en reste pourtant si peu ...... ) et tu l'as sucé consciencieusement dès que tu as pu l'en extraire. Il m'a fallu t'obliger à boire ton café au lait. Tu pousses systématiquement le bol pour le présenter au poupon. Tu n'as pas fait de convulsion et cela me rassure. Tu en fais régulièrement le matin, cela me terrifie mais  à chaque fois, je minimise ce geste incontrôlé et nettoie la table que tu inondes de café au lait.

Nous sommes en 2007 et dans quelques jours tu auras 92 ans. Quelle importance...... Ce serait bien mieux si la durée était aussi bonne que la qualité de vie.

Je me sens bien égoïste à parler comme ça de mes états d'âme alors que toi, tu es incapable de les exprimer. On ne peut deviner si tu as froid, faim ou mal. Cet accompagnement nous oblige à nous projeter dans notre propre vieillesse et des interrogations qui n'en finissent pas.

05/01/07

Malgré le temps qui passe et qui nous donne rides et cheveux blancs à notre tour, je refuse ton départ tout en sachant qu'il n'y a pas d'ordre établi : il y a deux jours, la maman d'Erick Vilet (l'époux de ma filleule) est décédée d'un cancer. Elle n'avait que 60 ans. Sa disparition est injuste et je pense au vide qu'elle doit laisser à sa famille.

Toi, tu es encore présente, insouciante et les yeux quelquefois vides..... A quoi penses-tu à ces moments-là ? Penses-tu à quelque chose ????

Je t'ai porté un verre de Salvetat Framboise et un minuscule morceau de gateau. Nous avons fait un semblant de goûter, je t'ai parlé des pêches, de nos petites soirées mais tu as aussi oublié tous nos souvenirs.

T'inquiètes pas mamie, moi je m'en souviens de nos souvenirs..... Comme tu ne parles pas beaucoup, je te raconte ce que l'on a vécu toutes deux, mes chères confidences amoureuses, mes échecs, mes réussites et mes colères.... Je te parle aussi de mes projets, de mes buts. Même quand tu me réponds à côté, j'ai cette impression que nous avons discuté.

Cela ne dure qu'un instant. Un instant de pur bonheur que je partage égoïstement avec toi les après-midi. Cela me fait penser aussi à grand-mère Laure que je vais voir moins souvent. Demain, j'irai partager un peu de mon temps pour lui rendre visite à la maison de retraite tout en sachant que tu ne m'en voudras pas de mon abscence puisque tu ne t'en apercevras pas. C'est un des seuls avantages de tes oublis.

 11/01/07

Les repas sont devenus des combats quotidiens depuis quelques jours. Tu refuses de t'alimenter, tu pousses ton assiette et ta fourchette est devenue une arme redoutable pour repousser la main qui veut t'aider..... Il est loin (et pourtant si proche) ce temps où nous partagions un bon moment en te regardant manger d'un bon appétit. Le matin, je ruse en te proposant une tasse à la place de ton bol de café au lait. Immanquablement tu recraches le cachet qui te maintient dans un semblant de vie. A midi, c'est Maria qui prend la relève : te proposant ta soupe, elle vaque à ses occupations et s'aperçoit, quelques fois que tu as encore le réflexe de manger toute seule. Mais c'est si fugace !

Hier au soir, il nous a fallu 45 mn pour te "forcer" à avaler la moitié d'une tasse de potage et un yaourt. Maman a versé la poudre de ton cachet dans le verre de vin que tu refusais aussi, de boire. Je sais bien que tu étais en colère, que tu ne comprenais pas....... Tu ne peux pas savoir que nous avions les mêmes sentiments, nous demandant avec appréhension où ce voyage va nous mener,en tant qu'accompagnants.

Il y a quelques semaines, quelques jours, tu étais différente, plus humaine..... Il y avait, dans ton regard, certains éclats de lucidité qui se sont envolés trop vite. Le voyage était agréable malgré certaines déviations..... Nous sommes aux portes d'un désert bien aride et solitaire. 

dimanche 28 janvier 2007

Il y a eu cette neige qui a coloré notre parc d'un blanc immaculé et il y a eu, surtout, ce jeudi-là (le 25) un isolement complet qui m'a fait très peur. Toi, tu n'as rien vu, rien compris.... Dans ton monde blanc comme de la neige, tu t'es enfoncée un peu plus. Joël n'a pas pu partir au boulot et s'est occupé à m'ouvrir un chemin pour que je puisse venir chez toi. Il est parti à la recherche de chauffage car l'électricité était coupée. Tu n'as rien vu, rien compris.... La journée s'est passée entre des visites régulières, l'absence des infirmières et des appels téléphoniques de maman qui me reliaient au monde des vivants. La neige, c'est bien mamie, une petite heure. C'est catastrophique quand il faut protéger un être qui vous quitte peu à peu.

Vendredi, tu es restée dans ton lit, dormant presque toute la journée et samedi maman et Jeanine ont pu venir. En quelques jours, tu as tellement changé....... Samedi, tu étais assise, fatiguée et agitée de soubresauts incontrôlables que nous ne pouvions t'aider à maitriser. Les infirmières n'ont pas pu venir et c'est la solidarité qui est intervenue. Maria est venue malgré le gel pour te faire diner et te changer, Liliane a pris le relais sans trop que je lui demande. Tu sais mamie, c'est dur de te voir partir mais je ne te retiens pas. Je sais que tu vas bientôt rejoindre papi et cela me rassure. Ton départ me fait peur car je ne voudrais pas que tu souffres et, si tu le devais, je sais que je suis inutile. C'est dur d'être là, te prendre la main sans ne pouvoir rien faire d'autre.

Je pense aussi à maman et à Jeanine, tes filles, qui ont été bloquées par cette maudite neige. Elles devaient, elles aussi, se sentir isolées de ne pouvoir venir te voir. Le téléphone, seul, était un relais utile qui pouvait les rassurer sur ton état. Mes pensées volent aussi vers Babet...... la maladie, sournoise, ne regarde pas l'âge ni la couleur des yeux. Elle frappe quand on s'y attend le moins. On ne se prépare jamais à la souffrance. Pourvu que tout se passe bien pour elle.

 

Une attente qui devient supplice car je voudrais, je voudrais...... je voudrais revenir en arrière, te cajoler un peu mieux et, quelques fois, il me vient ce désir de te savoir déjà près de ton mari. Faire taire cette attente silencieuse et combien criante pour beaucoup de monde. Te rends-tu compte, mamie que cela fait 25 ans que je vis près de toi, que je te vois chaque jour de ma vie. La sépararation sera difficile et ton absence encore plus.

 

Déjà le 31 Janvier. Demain c'est ton anniversaire. Tu auras 92 ans et nous ne les fêterons pas. Je t'ai acheté une eau de toilette pour l'occasion..... C'est tout ce dont tu as besoin même si tu ne ressents pas la douce main des infirmières qui te frictionnent le corps avec. Elles sont formidables, ces femmes !! Chaque matin, depuis 3 ans, nous buvons un café et passons un moment ensembles. Au début de ton voyage, tu étais avec nous, participant à la conversation activement. Tu as fait tant de haltes depuis ce temps-là.

Depuis samedi, nous partageons une tasse dans la cuisine après t'avoir fait boire la tienne. Je ne te donne plus tes cachets : mon rôle se borne à les écraser consciencieusement dans une soucoupe. Les infirmières s'en chargent..... J'ai trop peur des fausses-routes !!! elles, elles savent faire.Je partage avec elle, un grand moment d'intimité : matin et soir, depuis que tu es alitée, je reste auprès de toi, t'aidant à te tourner car tu n'as plus trop de force, vidant la bassine d'eau, essayant de participer à ta vie tant que tu es près de moi. Des gestes simples pour te rassurer et me rassurer aussi. Elles savent aussi  me conseiller et, c'est important, me préparer à ton départ. Sylvie, Laurence, Christine, Karin et Marie-Pierre à tour de rôle, avec leurs caractères différents sont un pont essentiel sur cette route..... Elles arrivent en souriant, parlent encore à mamie haut et fort alors que nous chuchotons à voix basse comme si.....

Je sais bien qu'elles ont le recul nécessaire mais je suis certaine qu'elles se sont attachées à toi, que des liens se sont tissés au fil du temps et que ton départ ne leur sera pas indifférent.... 

 Vendredi 2 Février 2007

C'est étonnant de constater que tes filles sont revenues au bercail.... Elles tricotent dans ta cuisine, se lèvent, te regardent tendrement et reprennent leur ouvrage. Je viens les voir de temps en temps, te regarde aussi tendrement pour repartir chez moi. je marche dans ma cuisine pour revenir un moment après vers toi. Je n'arrive pas à accepter ce que le mèdecin nous a dit ce matin. C'est la fin de la vie : je ne peux encore l'accepter. On dit qu'à l'approche de la mort, on voit sa vie défiler en un instant. Moi, je sais pourtant que je ne vais pas encore mourir (ou, du moins, je ne le sais pas) mais ma vie défile avec tous ces petits cafés partagés toutes deux, les nuits où je dormais chez toi : tes ronflements, la radio allumée à 5 h du matin, ce petit lit minuscule qui grinçait et le chant des grillons.... ton interdiction de manger les jolies pêches mais de choisir celles qui étaient machées. Dieu que tu vas me manquer.... Je ne peux même plus profiter de toi, tu dors depuis dimanche dernier. T'inquiètes pas mamie, je serai forte : je te laisserai partir quand le moment sera venu.

 Mercredi 7 Février 2007

tu dors toujours, secouée de soubresauts involontaires...... les infirmières te changent de côté, Maria fait de même. Nous essayons d'être utiles sans l'être vraiment. Il parait que les accompagnants aident beaucoup la personne en fin de vie. Moi, je me sens complètement inutile. Je me suis mise à faire des crèpes pour passer le temps : faire quelque chose. Je les distribuerai à droite et à gauche. Au moins, je ferai plaisir aux personnes qui sont gourmandes.....

Ton état ne s'est pas aggravé, tension stable, pouls stable.... on attend : les uns espèrent ta délivrance et moi j'en suis encore au miracle de te voir rétablie.... Peut-être suis-je un peu folle de penser de cette façon. Je verrai le moment venu.

Vendredi 9 Février 2007

Il est 4 h du matin et je ne dors pas..... J'entend ton souffle rauque par le baby-phone. Malgré le son lugubre, je suis rassurée : tu es encore là. Hier a été une mauvaise journée. Maïa s'est trouvée paralysée de l'arrière train par de l'arthrose et je l'ai menée chez le vétérinaire le matin avec Aude. J'ai bien cru la perdre et ce n'est pas le moment..... Ce n'est jamais le moment.

Aude, en plus, a eu des soucis de santé sans trop rien me dire. Le mèdecin l'a rassuré. Le bon dieu ne s'acharne pas trop, je voudrais qu'il soit plus clément pour toi. Cela fait aujourd'hui 15 jours que tu es alitée et que nous te tenons compagnie. Il y a des jours où tu te sens mieux et d'autres où tu sembles être au plus mal : un chaud et froid continuel qui ne nous rend même pas malades.

 

Mardi 13 Févirer 2007

Hier au soir déjà, tu n'allais pas bien..... Tu t'étais enfoncée un peu plus dans le néant. Maman m'a téléphoné à 20 h, inquiète aussi. Le baby-phone, seul lien auditif, nous a rassuré.

Ce matin, j'ai fait des crèpes promises à Maria, Aude est arrivée plus tôt que prévu suivie de maman vers 10 h. Les heures et les minutes sont importantes mamie, puisqu'elles te concernent : à 10h20, ton souffle s'est arrêté une fois et je tournais une crêpe puis il a repris. Mais le silence du baby-phone m'a indiqué une alerte et j'ai laissé ma poele pour courir vers toi : je sentais, maman sentait..... Ton dernier souffle, je l'ai reçu sans trop y croire, maman t'a secoué en t'appelant tandis que je tenais ta main. Aude a compris (le baby-phone fait un travail consciencieux) et a téléphoné au docteur. Après, après...... c'est un vacarme assourdissant dans ma tête. Le docteur qui vient constater que tu es bien loin de moi, l'infirmière qui vient faire ta dernière toilette alors que je tiens ton corps encore chaud et ferme doucement tes yeux alors que les miens coulent, les pompes funèbres, le garde-champêtre et tout le monde qui gravitent autour de toi. Tu est belle mamie, calme et reposée. Nous, on doit continuer la route avec des milliers de souvenirs de toi et l'espoir de te retrouver un jour.

J'ai continué mes crèpes arrêtées lors de ton dernier souffle... Du monde vient se reccueillir : les amis, la famille, les voisins..... Notre tranquilité nous la partagerons de nouveau vendredi, après ton départ physique. Tu es toujours là sans que je m'accroche à toi : tant de choses à faire sur cette terre, tant d'amour à donner encore. Un jour, je le sais, je partirai pour le même voyage sans savoir encore quels seront mes bagages. Mieux vaut ne rien préparer et continuer à attendre......  en espérant.

Mercredi 14 Février 2007

La saint valentin m'a volé un grand amour. Joêl, devant ma tristesse, doit se sentir impuissant et je ne voudrais pas être à sa place. Il m'a offert un orchidée, des chaussons et un petit plateau de fruits de mer en apéritif..... que nous dégustons avec papa et maman qui partagent notre diner. Dans cette tempête Joël fait office de grand rayon de soleil. S'il n'était pas là, je ne sais pas comment je m'en sortirais.

Jeudi 15 Février 2007

Hier au soir, je suis venue te voir. Seules enfin toutes les deux pour un dernier moment. Il faut que je me prépare à ton départ physique de cet après-midi. Pour l'instant, je n'y crois pas encore puisque tu es encore dans ce petit lit. Tu t'y es couchée le jeudi 25 Janvier dernier et tu vas le quitter le jeudi 15 Février. Toi qui n'as jamais voulu être le centre d'intérêt, toi qui ne voulais pas faire de vagues : tu es le principal personnage de notre journée : dans la douleur.

Ils t'ont emmené à 15h dans une boite en pin. Tu as franchi le seuil de ta maison pour la dernière fois, mon coeur est déchiré mais je sais que tu vas enfin rejoindre celui que tu as tant aimé. C'est un voeu que tu avais formulé tant de fois. Je n'ai pas envie de parler de cérémonie, de cimetière, c'est trop triste. Je préfère te parler d'une famille profondément unie dans la tristesse et dans ton amour.

Après t'avoir accompagné dans ta dernière demeure nous nous sommes réunis chez toi :

Sylvie, Jean-Bernard, Fanny, Elvine, Dadou, Martial, Liliane, Alice, Aude, Emmanuel, Denis, Sylvie, Rémi et Joël.

Tes filles et leurs maris sont allés te rejoindre pour mettre tes fleurs dans de l'eau et sont revenus ensuite.

Aline et Laurent ont dû partir après la cérémonie. Clara était malade, Paul et Eddy trop perturbés. Florent et Xavier ne te connaissaient pas mais ont eu des paroles de compassion à notre égard.Elysa nous a rejoint chez toi et Samuel est resté avec son papa mais tous ces absents étaient avec nous en pensée.

J'ai fait le choix d'ouvrir une bouteille de pétillant et du blanc moelleux pour te souhaiter la bienvenue dans ta nouvelle vie. Qu'elle soit pleine d'amour et de tolérance, comme tu l'as toujours été. Nous avons tous trinqué sans pleurer. Un au revoir comme tu l'aurais aimé : dans l'union d'une famille qui, sans toi, n'aurait pas existé. Je t'aime mamie..... très très fort.

 Samedi 17 Février 2007

La vie reprend son cours. Il le faut. Moi, j'ai l'impression d'avoir parcouru des milliers de km à tes côtés et de me trouver au bord d'un précipice dans lequel tu t'es engouffrée. Je sais que je n'ai pas le droit de te rejoindre, tu n'as plus besoin de moi...... je sais tout cela mais je n'ai pas envie, pour l'instant, de trouver le pont qui me fera enjamber ce précipice pour continuer la route. Il me faut attendre un peu pour comprendre et accepter ton départ. Cette façon de voir les choses, pas très originale, me permet de ne pas trop souffrir : depuis hier, j'ai eu la permission de maman de pouvoir ouvrir ta maison comme je le faisais avant.....

 

Dimanche 18 Février 2007

Depuis 3 semaines, je n'ai pas pu compter combien j'ai pu faire de crêpes..... C'est un des seuls moyens que je trouve pour m'occuper l'esprit. Aujourd'hui Joël reste à la maison et je n'ai pas osé en faire d'autres... Je me rabats sur un gâteau yaourt que je donnerai demain. Cet après-midi, nous sommes partis à Léognan pour nous balader et nous avons rendu une petite visite à la maman de Joël.... Que c'est triste..... une maison de retraite. Heureusement que tu es restée chez toi mamie.... De retour vers St André, Joël m'a proposé de nous arrêter au cimetierre ce qui m'a beaucoup touché. Tous les deux, nous sommes allés au tombeau familial où tu repose mais cela ne m'a rien fait : c'est au Tasta que s'entassent tous mes souvenirs, c'est là-bas que je dois faire mon deuil.

 

Lundi 19 Février 2007

Début de semaine très difficile où je réalise un changement dans ma vie. Ton silence, l'absence des infirmières, un café que j'ai préparé et qui ne sert à rien. J'ouvre ta chère maison, j'aère, je me balade comme une âme en peine espérant aussi que la tienne me conseillera de me secouer. Ton lit médicalisé part aujourd'hui. Ce soir, il n'y aura plus la trace de ta fin de vie. Dans toute cette tristesse, malgré ton absence, tes deux filles, elles, ont eu ce besoin de se rapprocher, de faire front côte à côte. Elles sont venues chaque jour lors de ton alitement et, depuis que tu es partie, elles se rejoignent chez toi. Un besoin passager qui s'estompera surement mais cela me réchauffe le coeur.

 

Mardi 20 février 2007

Tu m'as quitté depuis une semaine et j'ai l'impression que c'était hier. Ma tristesse est intacte mais j'ai étouffé ma douleur. Je n'en veux pas pour l'instant et imagine que tu es près de moi. C'est ma façon à moi qui me permets d'avancer et de ne pas trop penser.

Tu vois, mamie, une joie en appelle une autre. Pour les inquiétudes c'est pareil. Maïa est encore paralysée depuis ce matin. J'aurais bien besoin de souffler un peu mais ce n'est pas le moment. Ma vieille compagne a besoin de moi. Je me sens impuissante face à ses yeux tristes...

 

Jeudi 22 Février 2007

C'était il y a une semaine que je t'accompagnais vers ta dernière demeure. Depuis ce jour, je n'y suis venue qu'une seule fois. C'est au Tasta que je te retrouve : pour l'instant je pense à toi avec tristesse mais je sais qu'un jour ce sera avec un sentiment apaisé. Tu es encore si présente, si palpable..... tu me manque cruellement.

Hier, j'ai repris mes cours. Cela fait plus de 2 ans que je fais cette formation qui n'en finit pas. Il y avait trop d'interférences....... Tu vois, mamie, la vie reprend ses droits très vite.

Ce soir, Sylvie (ton infirmière) est venue en coup de vent. Beaucoup de boulot mais elle reviendra et nous boirons un petit café en parlant surement de toi. Marie-Ange Hélis est venue aussi.

Ces visites me font du bien, j'ai besoin de parler de toi au présent..... Encore un peu avant d'accepter ton départ.

 

Lundi 26 Février 2007

Il y a 15 jours, tu étais dans ton lit, très fatiguée...... Il y a 15 jours, je ne pensais pas que ma vie deviendrait aussi vide de toi.....  Je n'ai rien fait aujourd'hui. En baladant Samuel dans ta cour, en faisant la même promenade qu'il y a 20 ans lorsque je prenais l'air avec ma fille, je pensais à ta silhouette, dans ta cuisine, que je saluais en passant devant la porte. Ce matin, il n'y avait que des souvenirs pour me contenter et je n'y arrive pas. C'est de plus en plus dur, mamie. La maison me semble lugubre sans toi....

 

Jeudi 1er Mars 2007

Il me faut apprendre à vivre sans ta présence. Je ne peux pas me plaindre de solitude : Samuel remplit la maison de ses cris et de ses rires, Aude l'accompagne avec ses conversations. Tous deux m'êmpêchent de penser à toi. J'ai tout mon temps lorsqu'ils repartent...... Aujourd'hui, je suis allée voir Aline, demain je rendrai visite à Babet..... Je fais en sorte de partir.... pour mieux revenir.  Le temps passe plus vite. Je ne t'oublierai jamais mamie mais je crois qu'il vaut mieux que je le franchisse, ce précipice au bord duquel j'étais.... Il est temps que j'avance pour moi et tous ceux qui ont besoin de ma présence. Je t'aime très fort. Prie pour nous tous.  

  

 Mardi 15 Mai 2007

Je ne pensais pas que je mettrais tant de temps à traverser le précipice. Le pont sur lequel je m'étais avancée devait être un peu branlant. Il parait que le temps fait son oeuvre, que la tempête s'apaise toujours mais c'est bien long pour moi.

Ie fait de te perdre et de perdre aussi mes habitudes, mes repères. Il y a eu la période de grand vide quand tu es partie, celle de colère lorsqu'il a fallu disperser tout ce qui t'appartenait. Je ne comprenais pas cet empressement à partager  tes biens maigres richesses. J'avais cette mauvaise impression que nous étions tous des vautours. Pourtant, en regardant bien...... je réalisais aussi que chacun t'aimait à sa façon et s'appropriait un souvenir de toi..... ce qui est légitime.

Mon amour pour toi a été bien égoïste : j'ai  cru que j'étais la seule capable de t'aimer. Chacun vit cette période comme il le peut et je constate malheureusement que personne ne se soutient moralement. Le vide affectif s'aggrandit, je voudrais tant parler de toi avec un sourire ému mais je ne le peux pas : les larmes se coincent dans ma gorge, je me sens idiote et je les ravale..... Le départ d'une personne aimée me laisse un goût amer : je n'ai pas eu le temps de te dire, de te prouver, de te tenir la main, de la serrer plus fort contre mon coeur. J'espère que là-haut, tu comprends que je t'ai aimé et que j'ai perdu à tout jamais celle qui me comprenait si bien. Je me sens bien seule au Tasta...... seule avec toi.

Mercredi 15 Août 2007

Il y a 3 jours, j'ai uni ma vie à celle de Joël pour le reste de mes jours..... Le mariage n'a été qu'une formalité : signatures, témoins, un super repas offert par mes parents et un bouquet magnifique que maman t'a apporté au cimitierre. Tu as été présente à chaque moment important de ma vie et ce jour-là tu l'étais encore plus qu'avant. J'ai voulu, avec l'accord de Joël , préparer notre fête du lendemain, chez toi. Je sais pertinemment que si tu avais été présente, tu n'aurais pas trop voulu tous ces bouleversements mais je suis certaine que tu ne m'en veux pas. A ma façon, je voulais que tu participes à cet évènement qui, je le sens, clôture ma vie avec une grande sérénité et beaucoup d'amour.

 

jeudi 16 Août 2007

 

Sais-tu que papa a abandonné l'idée de terminer sa vie au Tasta. Peut-être l'ai-je poussé par un comportement négatif de ma part ? C'est ce que je pense et je m'en veux beaucoup. Il ne peut pas comprendre que le Tasta fait partie de moi, que j'y ai passé plus de temps qu'au Pigeonnier et  que j'y suis autant attachée qu'à mes souvenirs qui y pullullent depuis ma tendre enfance. Je m'y suis installée à 20 ans et papa me permet d'y terminer mes jours. Je ne peux que le remercier de ce geste merveilleux qu'il m'offre.  Martial n'arrive pas à comprendre mon désir de vivre chez toi et maman avait beaucoup de mal  à accepter le fait de "prendre ta place". Moi, je ne le vois pas de la même façon. Vivre chez toi, c'est respecter le lieu que tu aimais tant, l'entourer d'amour et de sérénité et en faire un lieu de réunion familiale (si j'y arrive). Tu étais le pilier qui nous reliait tous. C'est en tant que mamie que je reprend le flambeau. D'autres petits-enfants vont venir et je me prépare à faire au mieux tout ce que tu m'as appris.....

Papa avait décidé de faire effectuer les travaux de la maison par Denis. Qui d'autre qu'un de tes petits-fils pourrait mieux la servir.

Joël et moi avons décidé de respecter la décision de papa et cela me permet de voir un peu plus mon cousin. Depuis que tu es parti, je trouve le Tasta un peu grand et bien vide sans toi mais ton âme virevolte ça et là et lorsque j'ai le moral à zéro, je regarde ta photo que maman m'a donné il y a peu, je te parle, te souris et le moral remonte. Je t'en veux encore un peu d'être partie mais je sais qu'un jour j'accepterai ton départ. Il me faut du temps.....

Octobre 2007

Le mois dernier, René Guimaud a décidé de te rejoindre...... Sur terre, on se retrouve encore plus seuls. Plus le temps passe, plus nous voyons partir un pan de notre vie. C'est déprimant..... On construit, on fait des projets : pour rien.

La semaine dernière, Bijou mon petit cobaye, est parti lui aussi après 4 ans de vie commune. Bien sur, je n'ai pas pleuré mais ...... il avait sa place dans mon univers. Je l'ai enterré auprès de Finette et de Touky.

2007 est une année où se mélangent les larmes, la détresse et beaucoup de joie aussi. Une drole de mixture qu'il faut apprendre à gérer tant bien que mal et sans se culpabiliser. Ton décès, notre mariage, le départ de René et tous les tracas de la vie.

J'apprend à vivre sans toi mais c'est encore très douloureux. Ce matin, dans mon lit, je me souvenais de tes derniers moments, de ton ultime souffle que j'ai reccueilli à temps, de la voix de maman qui t'appelle et à laquelle tu ne réponds pas. Tout ces derniers instants sont intacts : la douleur nous fait entrer dans un autre monde qui nous permet de nous cuirasser. Je te tenais la main sans vouloir comprendre, je crois même que je n'ai pas pleuré à cet instant.

Les larmes, elles viennent après et j'en avais besoin. Il fallait que j'exprime ma souffrance.

 

Aujourd'hui, c'est différent : Il y a ta maison qui ne ressemble plus à celle où tu as vécu. Complètement détruite pour être mieux remise debout. Ta maison a plus de chance que nous de durer plus longtemps et de voir défiler les générations qui nous suivent. Je pense sincèrement que je laisserai, à mon tour, des souvenirs à mes petits-enfants tout comme toi, tu l'as fait avant. Cette maison que tu aimais tant est en train de devenir le lieu de ma vieillesse et je m'emploie à la rendre aussi accueillante que tu l'as fait afin d'y terminer mes jours et de fermer mes yeux dans cet univers paisible qu'est le Tasta. Le seul lien que j'ai voulu conserver est ta cheminée..... Tu es là, encore et encore et tu restera la maitresse de ces lieux jusqu'au dernier jour. Nous disions tous : on va chez mamie, nous le disons encore et, dans quelques années, d'autres petiots le diront à leur tour : on va chez mamie. Tu vis en moi et je crois que, quelquefois, ta présence constante et fidèle me ronge peu à peu.

Il faudra bien qu'un jour je pense à toi avec nostalgie. Actuellement, même 8 mois après, la douleur est toujours aussi violente.

23 décembre 2007

Je vais chez papa et maman aujourd'hui. Joël est à la chasse. Marie-Hélène, Jean-Bernard et les enfants y sont invités et je les rejoints. On prépare Noël !: Et toi, que fais-tu ? Tiens-tu bien la main rassurante de papi, nous regardez-vous d'un oeil attendri et protecteur ??

Tu me manques beaucoup mamie, surtout en ce moment. C'est la première fois de ma vie que tu me fais faux bond. Te rends-tu compte que c'est mon premier Noël sans toi. C'est aussi la première fois que je n'ai pas acheté de chardons. Te souviens-tu que tu les aimais beaucoup, ces petits chocolats gorgés de liqueur. J'avais ce privilège de te les offrir....

L'année dernière, tu étais encore là et j'étais loin de me douter que c'était ton dernier Noël auprès de nous. J'espérais tellement que tu allais te battre un peu plus mais tu en as décidé autrement.

C'est mon dernier Noël ici : l'année prochaine, j'installerai mon sapin chez toi. Je vais enfin venir te retrouver un peu mieux, me sentir plus proche de toi.

C'est fou ce que tu me manques... Je n'arrive pas à vivre sans toi. 

13 février 2008
Il y a un an.......Tout juste un an que la mort t'arrachait à moi et à tous ceux qui t'aimaient. J'ai vécu à nouveau ces derniers instants toute la journée . Toute une vie bouleversée par ton absence soudaine. Ca tient à peu de choses.... Il suffit d'un souffle qui s'arrête pour comprendre tant de choses : que toute petite chose à une grande importance. Un sourire, une parole ou un geste dévoilent bien des sentiments.

Cet après-midi, avec maman, nous avons choisi des jonquilles de mon jardin et d'autres, dans le tien, pour te les porter là où repose ton corps. Nous avons passé un moment devant le grand fruitier, assises avec Aude, à parler de toi. Le soleil est si chaud chez toi, il est si doux..... Maman a cueilli les petites violettes pour les emporter chez elle. Elle ne montre pas trop son chagrin ma pauvre maman. C'est vrai qu'elle est orpheline et c'est ce qui me terrifie. J'affronterai un jour la même situation tout en espérant partir avant eux. J'essaie de faire comme papa qui semble indifférent à tant de choses (bonnes ou mauvaises). J'ai l'impression qu'il se cuirasse afin de moins souffrir. Il s'est tellement éloigné de moi ! Depuis que tu es partie, j'ai l'impression que quelque chose s'est brisé entre nous deux, nous n'arrivons plus à communiquer et lorsque je vais au Pigeonnier il m'ignore totalement. Pas un bonjour, pas un mot : je continue inlassablement à lui faire un bisou sur le front mais il ne réagit pas. Le fait de ne pas terminer ses jours au Tasta doit lui briser le coeur et je suis sûre qu'il m'en tient pour responsable. 

Quand il est venu chercher maman dans la soirée, il n'a pas eu un regard ni un geste envers moi. Il a discuté un moment avec Denis et il est parti comme il était venu. 
Tu vois mamie, ce qui me chagrine c'est que je l'ai tant cherché mon père...... que je pense bien l'avoir totalement perdu.
Moi qui croyais qu'il faut se serrer les coudes quand tout va mal, je m'aperçois que c'est chacun pour soi ! 
Heureusement que j'ai Joël, Aude, Laurent et Samuel. Sans eux, je ne m'en serais pas sortie.

  16 juin 2008
Hier, je suis allée au cimetière avec maman et nous avons fleuri ta tombe. C'est bizarre mais je pleure bien moins quand je pense à toi. D'autres personnes.........  plus jeunes, plus vulnérables sont dans des impasses et je préfère taire mon doux chagrin. Je pense actuellement à Manu Réaud (que tu aimais bien) qui vient de perdre sa petite Emma. Il n'a pas eu le temps de la voir grandir : elle n'avait que 6 jours. Je pense aussi à Arthur qui va sur ses 3 mois et déjà tant de problèmes de santé. Je me sens bien égoïste .


17 Juin 2008
Maman m'a téléphoné il y a quelques minutes pour m'annoncer le décès de Françoise Baronnet. Françoise était un lien important de ma vie puisqu'il me raprochait de toi. Elle t'aimait tant........... Plus le temps passe et plus on pense à ceux qui ne sont plus là. Il m'est pénible de constater que je connais plus de monde au cimetière qu'en ville. Tous ceux que j'aiment s'en vont trop vite. Toujours trop vite. 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Marie - Publié dans : pensées
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus